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Archive for the ‘Lecture’ Category

Au début, pour tout dire, on rigole : un homme se concentre, et certain de son pouvoir, s’élance pour traverser le mur de son bureau – et tout le pouvoir de l’esprit sur la matière ne peut empêcher ce qui doit arriver, et qui arrive… Le petit hic, c’est que cet homme est le chef du renseignement militaire des Etats-Unis.

Ensuite, l’incrédulité prend la place du rire : comment se peut-il que des militaires du plus haut niveau, appartenant à un corps s’il en est pragmatique, s’intéressent avec autant d’acuité aux mouvements New Age californiens des années 1970 et 1980 au point de vouloir créer des « guerriers Jedi »… ?

Et puis, vient le dégoût : l’emploi de processus de manipulations mentales et de tortures en Irak est une réalité qu’on relatait les journaux du monde entier… A Guantanamo et Abu Ghraibib sont appliquées les méthodes inventées par les sections spéciales de l’armée et de la CIA.

Tout ceci est dans le livre de Jon Ronson, Les Chèvres du Pentagone – et bien plus encore : les essais de la CIA sur le LSD dans les années 1950, la formations des sections spéciales, etc., etc.

Oui, c’est cela : au début, c’est drôle, comme la bande-annonce ci-dessus, mais très vite incrédulité et dépit :prennent place – à la limite, l’Homme à la cigarette existe…

Le pacte de lecture est claire : c’est un ‘document’ et non une œuvre romanesque – journaliste au Guardian, Jon Ronson apparaît sérieux. Alors, même si ce n’est pas très bien écrit, même si certains éléments semblent improbables, même si on aimerait un développement plus conséquent, on en ressort ébranlé… et bien différent.

A noter cet article du Monde.

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Après la vague James Ellroy et son Underworld USA – pas un magazine, pas une émission qui ne cesse de nous répéter que c’est un ‘CHEEEEF D’OEUUUUUUUVRE ABSOLUUUUUUU !’ Bon, ok, c’est effectivement le cas – suis en train de le lire, nous en reparlerons. Ou pas.

Donc, après la lecture obligatoire du dernier Ellroy, je vous encourage vivement à ne pas louper le dernier Don Winslow. Ne serait-ce que parce que c’est Don Winslow, tout simplement. Il fait partie d’une petite famille d’auteur qu’il convient de suivre, imperturbable, quoi que l’on fasse, quel que soit ses propres centres d’intérêt du moment, l’achat de leur livre est un devoir nécessaire : Tim Willocks, James Lee Burke, James Ellroy, DOA, Antoine Chainas, James Grady, Caryl Férey.

La patrouille de l’aube est le nom que c’est donné un groupe d’amis du côté de San Diego, Californie. Ils ne vivent que pour le surf – tout simplement et uniquement pour ce moment de grâce et de communion qu’ils vivent ensemble, tous les matins, entre eux et la mer. Ou plus exactement entre eux et les vagues. Trois gars, une fille et Boone Daniels, détective privé dilettante de son état, à la fois ciment et référence du groupe, personnage principal de notre histoire. Surf, avocate sexy, enquête(s) miteuse(s) : voilà notre histoire. Bof ? Et pourtant, vous avez tort. Oubliez Point Break (quoique je n’arrive pas à renier ce film : je l’avais adoré à l’époque, je devais avoir 12/13 ans ; la scène de poursuite Keanu Reeves / feu Patrick Swayze reste un grand moment, peut-être la plus captivante scène de poursuite à pieds du cinéma – si si, devant celle Blade Runner, non mais !)

La patrouille de l’aube se situe entre La griffe du chien et L’hiver de Frankie Machine, les deux précédents livres de Don Winslow. Tout comme dans La griffe du chien, l’auteur nous entraîne avec talent en totale immersion dans un monde que nous ne connaissons pas  – hier, celui de la drogue, aujourd’hui, l’univers du surf californien : détaillé, avec maestria et soin, de la description de l’autoroute 101 qui longe l’océan, à la mécanique des vagues en passant par l’histoire du précurseur du surf américain, Georges Feeth. Et tout comme dans L’hiver de Frankie Machine, l’histoire est d’une simplicité désarmante. Et à l’instar des deux livres précédents, les personnages sont attachants et parfois flamboyants.

A noter cependant que le basculement d’écriture qui s’opère aux alentours de la 250e page (sur 350) est tout à fait passionnant à analyser. Jusqu’à présent, l’intrigue n’était que prétexte – les indices laissés çà et là qu’il y a bien quelque chose de plus sordide qu’une fraude à l’assurance (« Il y a un monde dont vous ignorez tout » ) sont plus présents pour maintenir notre intérêt que par réelle consistance. En définitive, Don Winslow nous parle de sa passion du surf dans le cadre du roman noir, cadre plus ludique et peut être aussi plus sincère que l’essai pur et simple. Mais en grand artisan qu’il est, l’auteur n’oublie jamais son lecteur, et à partir de la 250e page, l’histoire prend véritablement son indépendance, nous sommes arrivés en haut de la crête, et tout bascule, pour le lecteur comme pour les personnages… vers la finalité même du livre, vers la légitimité de son existence, vers ‘ce monde dont nous ignorons tout’, ce qui est fort heureux d’ailleurs.

La patrouille de l’aube est un livre plaisant, efficace. Un roman noir solide.  Et si nous tournons les pages ce n’est jamais mécanique. En fait, avec de tels auteurs, nous ne sommes jamais déçus (même si on espère à chaque fois qu’il nous refasse La griffe du chien, son chef d’œuvre.)

Lire également le post suivant de Jean-Marc Laherrère.

Extrait, La patrouille de l’aube de Don Winslow

« Qu’est-ce qu’une vague d’ailleurs ? Tout le monde en reconnait une, mais qu’est-ce en réalité ? Les physiciens y voient un « phénomène de transfert d’énergie. » Le dictionnaire parle de « perturbation voyageant d’un point à un autre dans un milieu donné. » Perturbation. C’est le mot. Quelque chose est perturbé. C’est à dire que deux éléments s’entrechoquent, déclenchant une vibration. […] La vibration est de l’énergie. Elle est transportée d’un point à un autre par le phénomène de la vague. L’eau elle-même ne se déplace pas. Ce qui se produit, c’est qu’une de ses particules tamponne la suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce que la dernière heurte quelque chose. Exactement comme cette stupide ola des évènements sportifs – les gens ne se déplacent pas dans le stade mais la ola, oui. L’énergie passe d’une personne à l’autre. »

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Les Troisième chronique du règne de Nicolas 1er, Patrick Rambaud laisse une impression étrange derrière la rétine. Le processus d’écriture est aujourd’hui connu ; nous ouvrons le livre avec délectation et nous le refermons avec appréhension.

Les cinq chapitres de ce livre sont pathétiques.

Non pas le livre de Patrick Rambaud en tant que tel, mais le sujet même du livre. Les deux premiers volumes étaient caustiques et drôles, ils entretenaient en nous une distance catharsique. Mais ici, tout ceci, est tout simplement terrible, comme si le « trop », l’asprect too much de ce président donnait la nausée à l’écrivain et au lecteur. L’écriture est moins distanciée ; il y a des faits, bruts, et c’est peut-être ce qui rend le livre plus perspicace encore que les précédents. Et aussi moins drôle.

L’auteur n’en peut plus : tout cela continue, et cela n’est plus drôle. Seulement pitoyable. Et même la multitude d’invention des noms de notre Trépidant Président devient usant, fatiguant. Et vain.

Que les choses soient clairement établies : Patrick Rambaud n’est pas en cause, c’est le sujet intrinsèque qui engendre la grimace.  Nous pensions lire une farce, mais nous sommes devant un constat,  une réalité triviale : ce pays est le notre. Nous y vivons, et ceci n’est pas un roman.

Tout cela est bien triste.

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La société intégrale de Cédric Lagandré est un petit grand livre dense de 87 pages.

Agrégé de philosophie, l’auteur utilise ses connaissances comme autant d’outils d’explication du monde, de notre société et de l’Homme. Il déchiffre véritablement ‘l’endroit du décor’ – en  développant une pensée originale.

En sept chapitres, Cédric Lagandré dévoile les processus d’une société proclamée comme homogène (et donc plus heureuse…) et qui n’est qu’uniforme – où l’individu n’est plus qu’une partie intégrée, sans personnalité ni pensées. Où l’Homme n’est plus, tout simplement.

« En renonçant à tout exposition réelle et à tout devenir, en renonçant à être sujet d’une parole, d’un désir, d’une pensée propre, et en recevant en retour les gages d’une identité toute faite et nullement en question, on parvient à un résultat qui ne cède en rien à la désindividualisation nazie. Le négoce morbide qui conduit l’individu à renoncer aux territoires d’individuation en échange d’une individualité intégrale et imaginaire (jamais exposé, jamais non plus en conflit, pas plus en devenir) ne coûte plus grand-chose (sauf un ennui perpétuel) à des hommes qui ne pas élevés, c’est-à-dire qu’on maintient dans la toute-puissance imaginaire de l’enfance et auxquels aucun dehors n’impose de se hisser au-dessus d’eux-mêmes. Aussi est-ce sans la violence autrefois nécessaire que les procédés d’infantilisation, utilisés à très grande échelle, font accepter l’échange de la subjectivité libre contre la panoplie de l’individu intégral, politiquement inoffensive. Les apparents progrès de la liberté individuelle ont été rendus possibles par l’abolition de l’individu, c’est-à-dire par la saturation des territoires d’individuation que sont le désir, le langage et le temps. »

Peut être pouvons-nous « reprocher quelques excès argumentaires » (cf. le coup de cœur d’Aude Lancelin, p. 112 du Nouvel Observateur de cette semaine). L’emploi du mot « totalitaire » (me) semble ainsi excessif – parler ‘d’une société totalisante’ serait plus adéquat, plus nuancé. (Sans doute suis-je infecté moi aussi, alors…)

Mais ne chipotons pas : Cédric Lagandré transmet et convainc. (Son analyse sur l’usage du tutoiement par défaut est à la fois simple et éclairante, comme l’est la décomposition du mot ‘intégration’ ou le fait ‘d’être connecté’ via les réseaux sociaux…)

A la fin de l’ouvrage, deux envies pointent : dire merci à l’auteur. Tout en lui demandant de continuer à développer sa pensée, en la croisant de sociologie, de science, etc. Pour lutter contre une société totalisante, une pensée totale est nécessaire.

Post-scriptum : la citation ci-dessus est à rapprocher de ce qu’écrivait Sri Aurobindo dans le Cycle humain : « Même l’attitude vitale de l’espèce (c’est-à-dire la façon dont s’expriment les activités de l’être vital dans l’homme : passions, sentiments, désirs, appétits, etc.) est en train de changer sous les tensions de la vie moderne. L’homme a cessé d’être un animal principalement physique et devient davantage un animal économique. […] L’âme humaine peut s’attarder quelque temps à un âge commercial avec son idéal vulgaire et barbare de succès, de satisfaction vitale, de productivité et de possession, afin d’en tirer certains gains et certaines expériences, mais elle ne peut pas s’y reposer d’une façon permanente. S’il persistait trop longtemps, la vie serait étouffée et périrait de sa propre pléthore, ou elle éclaterait sous la tension de sa grossière expansion. Semblable au Titan trop massif, elle s’écroulerait sous sa propre masse : mole ruet sua. »

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Vendetta de R.J. Ellory

Maudite soit les quatrièmes de couverture… (Lire ce qui suit à haute voix avec l’intonation la plus grave…)

« 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l’enquête prend vite un tour imprévu : le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s’entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à New York dans une unité de lutte contre le crime organisé. À cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. À sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C’est le début d’une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l’incroyable récit d’une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l’Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu’à nos jours. »

Bon, voilà, les fondements, les lignes de force du roman sont résumées… (Même si dans le détail, le kidnappeur demande à rencontrer Ray Hartmann avant de s’être livré…) La lenteur du récit donne le sentiment tout au long de la lecture que le livre ne commence véritablement que par à-coup : à la page 80, tout est en place pour le début d’un récit haletant… Et puis non. A la page 150 : et puis non encore… C’est long, que c’est long !… Mais tout cela agit quand même avec un charme indéniable. Oui, « quel est le véritable enjeu de cette confrontation ? Pourquoi Perez a-t-il souhaité qu’Hartmann soit son interlocuteur ? » R.J. Ellory possède suffisamment de talent (et de métier) pour relancer l’intérêt… et trousser un bon polar, efficace : « Hartmann ira de surprise en surprise jusqu’à l’étonnant coup de théâtre final » – qu’on subodore une trentaine de page avant…

Mais maudite soit la quatrième de couverture :

« Avec ce roman d’une envergure impressionnante, R. J. Ellory retrace cinquante ans d’histoire clandestine des États-Unis à travers une intrigue qui ne laisse pas une seconde de répit au lecteur. Maître de la manipulation, il mêle avec une virtuosité étonnante les faits réels et la fiction, le cinémascope et le tableau intime, tissant ainsi une toile diabolique d’une rare intensité. »

L’auteur ne mêle en rien fiction et réalité : l’Histoire n’est qu’un fond sonore, une succession d’images sépias sur télévision situées dans un coin, là, en bas à gauche, du récit. L’accumulation de faits entrecoupés de « ; » est moins une « virtuosité étonnante » qu’un artefact de style qui entremêle en rien ‘réel et fiction’. Ce n’est ni Le seigneur de Bombay (Vikram Chandra) ni La griffe du chien (Don Winslow).

Vendetta de R.J. Ellory est un bon livre, avec de vraies bonnes pages et avec d’autres moins nécessaires. Une lecture de rentrée en somme. Ni plus ni moins.

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41w7hROA5RL._SS500_Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Son dernier ouvrage, L’endroit du décor, rassemble des chroniques écrites pour Philosophie Magazine… Chacune s’ordonne comme les briques d’une maison : 25 mots, autant d’entrées dans le réel. Étonnement, Solitude, Silence, Narcissisme… « Le réel est un secret que nul n’ignore, caché par nos simulacres, au premier rang desquels le voile sournois de la transparence. […] L’envers du décor n’est qu’un décor de plus, et les apparences sont, à ce titre, moins trompeuses que le sentiment d’être trompé par elles. »

Peut-être comme le relève le Nouvel Observateur, « l’auteur a un vrai sens de la formule. [Il] en abuse parfois, cherchant davantage le bon mot que la pensée juste. » Mais dans les différentes critiques (Le Monde, L’Express…), est-ce la seule réserve relevée.

Et donc ? Ben, pas grand chose.

Raphaël Enthoven explicite les évidences. Il a écrit un abécédaire. Attention : ce n’est pas un enfilage de perles et de lapalissades : revenir aux bases est souvent nécessaire. Rien de plus, rien de moins cependant. Avec talent, certes, mais un ensemble de dissertations ne révèle rien, sinon d’une pensée originale, du moins d’un point de vue subjectif. Peu de « choses profondes » ; de jolies écumes qui apparaissent devant tant de talents, inconsistantes, décevantes. Souvent, s’arrête-t-il au moment même où il devrait commencer : d’où une certaine frustration. A lire donc, quand on a 18 ans, le bac philo à la fin de l’année, et/ou quand la vie n’a pas eu encore d’impacts forts sur notre esprit.

Etrangement, le plus beau texte est le dernier du recueil. Simplicité. « L’essence de la philosophie est l’esprit de simplicité… toujours nous trouvons que la complication est superficielle, la construction un accessoire, la synthèse une apparence : philosopher est un acte simple. Plus nous nous pénétrons de cette vérité, plus nous inclinerons à faire sortir la philosophie de l’école et à la rapprocher de la vie. » Et comme un symptôme, ces mots de Bergson clos le volume : les évidences ne sont en rien le réel, elles le révèlent parfois, souvent, elles en indiquent la teneur, elles en sont les indices. Et Raphaël Enthoven confond indices et vérité.

Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Comme s’il n’a pas encore ‘souffert jusqu’au sang’, et que sa souffrance n’avait pas encore dépassée son corps, atteint sa conscience. Mais aujourd’hui, tout le talent, toute la jeunesse, toute la beauté entrave presque son éclosion.

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512XhEClZjL._SS400_Attention chef-d’œuvre. Tout simplement. Uniquement.

Au-delà du mal de Shane Stevens est à la fois violent et sans complaisance, un livre qui mêlent et entremêlent la politique, la vie de la presse, la vie policière, les criminologues… Et la vie intime du personnage principal. Plus de 750 pages, longues, totales, où chaque personnage, presque chaque victime possède sa propre histoire, et qui, dans le chaos de la vie, s’entrechoquent, se disloquent, meurent.

Shane Stevens n’écrit pas, ne décrit pas – pas d’esbroufes, de style, d’effets ou d’affects : il raconte, tranquillement l’horreur et le quotidien.

Un instant fantastique de lecture.

Mais laissons parler Gérard Collard – qui même s’il se mélangent un peu sur le déroulement de l’intrigue, reflète complètement ce que j’ai ressentis : plus le livre avance, meilleur il est. Voir ici.

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