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Au début, pour tout dire, on rigole : un homme se concentre, et certain de son pouvoir, s’élance pour traverser le mur de son bureau – et tout le pouvoir de l’esprit sur la matière ne peut empêcher ce qui doit arriver, et qui arrive… Le petit hic, c’est que cet homme est le chef du renseignement militaire des Etats-Unis.

Ensuite, l’incrédulité prend la place du rire : comment se peut-il que des militaires du plus haut niveau, appartenant à un corps s’il en est pragmatique, s’intéressent avec autant d’acuité aux mouvements New Age californiens des années 1970 et 1980 au point de vouloir créer des « guerriers Jedi »… ?

Et puis, vient le dégoût : l’emploi de processus de manipulations mentales et de tortures en Irak est une réalité qu’on relatait les journaux du monde entier… A Guantanamo et Abu Ghraibib sont appliquées les méthodes inventées par les sections spéciales de l’armée et de la CIA.

Tout ceci est dans le livre de Jon Ronson, Les Chèvres du Pentagone – et bien plus encore : les essais de la CIA sur le LSD dans les années 1950, la formations des sections spéciales, etc., etc.

Oui, c’est cela : au début, c’est drôle, comme la bande-annonce ci-dessus, mais très vite incrédulité et dépit :prennent place – à la limite, l’Homme à la cigarette existe…

Le pacte de lecture est claire : c’est un ‘document’ et non une œuvre romanesque – journaliste au Guardian, Jon Ronson apparaît sérieux. Alors, même si ce n’est pas très bien écrit, même si certains éléments semblent improbables, même si on aimerait un développement plus conséquent, on en ressort ébranlé… et bien différent.

A noter cet article du Monde.

Réclusion

J’envoie donc mon manuscrit par vaguelette de trois par jour à une vingtaine d’éditeur sélectionnée « selon la politique éditoriale vue sur catalogue. » Enfin, le choix n’est pas évident non plus.

Alors que dire ? Je m’emploi à digérer peu à peu les lettres de refus qui viendront sous peu. Sincèrement, je comprends que les éditeurs fassent des choix drastiques et économiques. Pour passer à autre chose, pour continuer, pour grandir et devenir adulte. (Je lisais récemment sur un blog, un internaute vitupérant les ‘auteurs internet’ croyant du haut de leur insuffisance à leur propre génie méconnu. Mais pourquoi tant de haiiiiinnnnneeee ????!!!!! Qu’est-ce que cela peut bien faire ? En quoi les rêves d’autrui empêchent-ils les nôtres de se concrétiser ? Mais peu importe.)

La grande question du moment est double, triple, quadruple, infinie :

Qu’est-ce qui me manque dans la transmission, dans l’acte d’écriture ? Peut-être le plus difficile est ce vide, mes questions sans réponses. Je suis maladroit ; l’écriture est maladroite.

Et vers quoi me tourner aujourd’hui ? Plusieurs concepts, plusieurs envies se confrontent : lequel développer ?

De quoi ai-je envie ? Je veux changer mon regard, faire évoluer, de l’intérieur vers l’extérieur. Le reste…

Je suis très fatigué.

Sereinement

Ce doit être un effet de la fin, l’interminable travail de relecture (et ses fôtes en tout genre) et de correction, de polissage, d’ajustage, de détail : détourer.

Non, c’est autre chose encore.

Un sentiment diffus mais présent, physiquement présent, d’avoir dépassé une étape intérieure et indéfinissable. Comme quand on regarde les dessins animés, enfant, et qu’un jour, on ne les regarde plus, adolescent. Ne pas renier, ne pas mépriser, mais incidemment, passer à autre chose. Parce qu’il est temps de quitter l’enfance et les déambulations de l’âme. Parce que ce qui était important, ne l’est tout simplement plus, ce qui définissait les objectifs nécessaires et les regrets, n’existe plus. Et c’est bien. Suprême ironie, la vie propose des séances de rattrapages : ce qu’on espérait, et qui à peu d’efforts devient accessible. A répétitions. Mais il est trop tard : plus envie, plus faim, plus soif, le regard s’est distancié. Un « pourquoi pas ? » peut-être. « Au cas où, sur un malentendu… » Surtout « à quoi bon ? » Une vue plus perçante, aussi, une vie plus simple, un retour et un maintien consciencieux à l’essentiel. (S’) Oublier le regard, et maintenir sa vie en dehors des flux et des reflux du monde des hommes est un présent précieux. Avec pour unique volonté, exister, être. Faire du mieux, totalement, de ce que l’on est.

Sereinement.

Apprentissage

J’ai lu beaucoup de texte d’écrivain sur leur propre travail. Loin de moi de penser que j’en  suis un ; je crois profondément qu’entre la naissance et la mort, on tâtonne.

J’ai donc lu beaucoup de texte d’écrivain sur leur propre travail : il n’y a pas de méthode, mais des façons de faire qui ne conviennent rien qu’à soi. Pas d’absolu, à peine des tours de mains. C’est dans cet esprit que je vous livre les réflexions suivantes. A prendre, à laisser, c’est selon ce que l’on est. Appropriation d’une méthode toute personnelle afin d’être efficace dans ce qui est écrit (oser prendre une voie), et efficace dans l’acte d’écrire (acquérir sa voix).

Utilisation d’un petit carnet à spirale, 180 pages, petits carreaux – être prêt tout le temps (en l’occurrence 3 carnets à peu près remplis), n’importe où : à ne rien laisser filer.

– Organiser le carnet par partie.

– Ne pas se focaliser sur la forme, mais donner la force au fond d’exister préalablement.

– Discret, toujours sous la main : notes de lecture, références à voir, idées nécessaires qui passent par la tête : tout ce qui important et accessoire dans le but d’écrire.

– Barrer les listes existantes, pour ne rien oublier.

Une documentation équilibrée (en l’occurrence plus d’une centaine d’ouvrages, et autant d’articles) :

– Lire, écouter, s’imprégner.

– Ecueils :

  • trop de documents :
    • cela noie le texte et l’énergie ;
    • parfois contradictoire et/ou paradoxal ;
    • paralyse devant ce qui reste à acquérir, à lire, à comprendre ;
  • trop peu de documents :
    • risque de raconter des bêtises : la doc. limite un peu ce risque, mais ne l’annihile pas ;
    • expression d’une paresse intellectuelle toujours présente, tapis dans notre ombre.

Avoir l’esprit sentinelle : définir le plus précisément possible son travail / l’objet de son travail, et être à l’aguets de ce qui se dit, de ce qui se fait, de  ce qui s’écrit de près ou de loin sur cet objet, directement et indirectement.

Ne pas hésiter à prendre des chemins de traverses : travailler sur les métaphores associées à l’objet de son travail (c’est-à-dire les analyser non plus comme image mais comme réalité) pour, de proche en proche, cerner la globalité de son projet (enfin essayer).

Ne pas hésiter à se tromper, à revenir 100 fois, 1000 fois sur son ouvrage : ne pas désespérer. De toute façon tout a déjà été écrit, et mieux dit avant. C’est un fait. Alors…

Savoir s’arrêter. Histoire chinoise : un homme avait peint un serpent sur le sol tant est si bien que tous en le voyant avait peur et s’écartait. Et puis, au bout d’un certain temps, il décida d’y ajouter des pattes. Alors, les passants se moquèrent de lui.

La forme impose le fond ; le fond impose la forme. Les deux sont inextricablement liés, ils ne font qu’un. Rechercher l’un, c’est approfondir l’autre.

Pas de tabous : le texte, le texte, le texte. Ce qui est nécessaire au texte. Pas de pudeur de jeune fille. A contrario, choquer est inutile si rien ne le justifie. Le texte le texte le texte. Le reste est superfétatoire.

La sincérité n’est pas tout : en fait, on s’en fout un peu.

Le lecteur on s’en fout ? oui, et non. Non, parce que l’important est de transmettre. Lors de leur retraite annuelle, Jean-Claude Carrière et Luis Buñuel s’obligeaient à créer chacun de leur coté une histoire par jour (une anecdote, une saynète, etc.). Ils s’obligeaient également à se la raconter l’un à l’autre le soir venu –  parce qu’inventer ne suffit pas, il faut aussi que l’autre puisse percevoir, ressentir… Oui, parce que sinon, Marc Levy serait le plus écrivain du monde. (Cf. note sur la forme et le fond). ‘Être sadique, essayer de faire penser le lecteur’ Ezra Pound.

Conviction : j’écris vraiment très mal, cela n’est pas naturel. ‘Ma présence est faible, et ma parole est méprisable.’ Cela aussi je le sais.

Le point d’ancrage, la base, c’est la phrase. Le reste, l’histoire, les personnages, etc. Tout est secondaire par rapport à la phrase, subordonné à la phrase, celle qu’on a devant soi, là, maintenant. Comment elle existe par rapport à la précédente, comment elle passe, comme elle actionne l’autre, la suivante, et comment elle s’achève et meurt. Parfois, la phrase a une histoire, une généalogie ; elle est une réminiscence d’anciennes lectures. « Quand il y a quelque chose à voler, je le vole… » Picasso.

Savoir s’abandonner : créer des dispositions pratiques d’écriture (tôt le matin, femmes et enfants délocalisés, etc.) Simenon faisait passer une visite médicale à l’ensemble de sa famille pour être certain de mener à bien son travail en toute quiétude pendant sa semaine d’écriture. Dont acte.

Méthode actor’s studio : « Le comédien doit faire exister son personnage, le rendant capable par différents exercices de recréer tout ce qu’il y a à recréer afin de vivre vraiment des circonstances imaginaires à travers sa mémoire affective, répondant à la question : « qu’est ce qui me motiverait pour réagir comme le rôle ? », ou d’autres pratiques comme la substitution, le geste psychologique… : l’acteur doit puiser en lui-même émotions et affects. Ce processus laisse une totale liberté à l’acteur « free will » dans le moment, et donne naissance à un jeu organique, toujours basé sur la vérité. » (Source http://fr.wikipedia.org/wiki/Actors_Studio )

Idem pour l’auteur.

A la fin, faire face dans ce sentiment – assumer sa propre médiocrité : « Se sentir toujours trop petit pour ce qu’on désire et trop grand pour ce que l’on atteint, se sentir entre ces deux alternatives sans trouver d’issue, sans connaître le moyen de terminer cet état de lutte ; voir toujours la tache inachevée, sentir l’âme inassouvie, brûlant d’un feu qui le dévore, et constater l’impuissance humaine à calmer cet embrasement intérieur, ce volcan qui bouillonne. » Marie Jaëll.

Ça y est, c’est terminé.

Ça y est, c’est terminé. J’ai terminé – j’ai gravis mon Everest : un travail de 3 ans pour à peine une centaine de pages, impubliables, difficilement transmissibles à l’homme. Que je n’ai même pas envie de défendre ou de ‘vendre’.

Le texte existe : c’est pour moi un exploit.

C’est donc une version 0. ‘0’ car elle doit me servir de base. Ou alors, c’est une version non définitive qui demande à être travaillée encore et inlassablement. Ou alors, c’est la version définitive. En fait, je n’en sais rien. J’ai un baby blues gigantesque. Il s’agit donc d’un roman, d’une fiction. J’essaie de me baser sur des éléments pertinents et véritables (faits, citations, etc.) mais que je lie entre eux, et accommode selon mon envie. Rien n’est vrai, et tout est vrai ;  rien n’est de moi, et tout est de moi.

Je me sens tout penaud, vide, vidé, intranquille et serein, fier (c’est la première fois que je termine quelque chose) et si conscient de l’inconséquence de mon travail, du chemin à parcourir, de ce qu’il faut ‘pour écrire un premier vers’ et que je n’ai pas.

Mais je ne peux mieux faire à ce jour : il faut bien s’arrêter pour mieux recommencer. Il faut bien s’assumer pour continuer à respirer. Alors, certes, je dois encore approfondir des thématiques, devenir plus clair, moins abscond ; certes, je suis perfectible : je n’aurai pas assez de cette vie pour parfaire les mots ; certes, il me reste à donner, pour légitimer la proposition.

Je décide pourtant d’arrêter ici : une phase de ma vie se clos. Une autre pourra s’ouvrir d’ici peu. J’arrête de développer pour des raisons subjectives et objectives. Subjectives : je suis fatigué, et je veux passer à autre chose. Objectives : développer les parties ‘à approfondir’ déséquilibrerait l’ensemble, j’ai peur de toucher ce que j’ai déjà écris de peur de tout foirer. A moins que les raisons objectives ne soient là que pour légitimer les subjectives. Sans doute. Alors je m’arrête là.

Je laisse reposer, je fais lire à mes proches, à des amis, je recueille leur avis. Et puis je l’enverrai, parce qu’il faut bien le faire, plus par courage que par conviction. Et puis, les lettres de refus viendront. Et puis je le publierai sur le net. Ou pas.

Faut que je passe à autre chose. Parce que comme l’a écrit le grand poète Renaud : « Si t’en veux pas, pas d’ malaise /Je la remet dans ma culotte / Mais tu sais pas c’ que tu perds / Ma chanson lui a pas plu /N’en parlons plus. »

PS : il est dispo à la demande ; le seul engagement que je demande, c’est de le lire et d’être sincère dans le retour.

Citation (47)

« Le présent est une coïncidence, de l’être et du temps. »

Jacques André, Les désordres du temps

Après la vague James Ellroy et son Underworld USA – pas un magazine, pas une émission qui ne cesse de nous répéter que c’est un ‘CHEEEEF D’OEUUUUUUUVRE ABSOLUUUUUUU !’ Bon, ok, c’est effectivement le cas – suis en train de le lire, nous en reparlerons. Ou pas.

Donc, après la lecture obligatoire du dernier Ellroy, je vous encourage vivement à ne pas louper le dernier Don Winslow. Ne serait-ce que parce que c’est Don Winslow, tout simplement. Il fait partie d’une petite famille d’auteur qu’il convient de suivre, imperturbable, quoi que l’on fasse, quel que soit ses propres centres d’intérêt du moment, l’achat de leur livre est un devoir nécessaire : Tim Willocks, James Lee Burke, James Ellroy, DOA, Antoine Chainas, James Grady, Caryl Férey.

La patrouille de l’aube est le nom que c’est donné un groupe d’amis du côté de San Diego, Californie. Ils ne vivent que pour le surf – tout simplement et uniquement pour ce moment de grâce et de communion qu’ils vivent ensemble, tous les matins, entre eux et la mer. Ou plus exactement entre eux et les vagues. Trois gars, une fille et Boone Daniels, détective privé dilettante de son état, à la fois ciment et référence du groupe, personnage principal de notre histoire. Surf, avocate sexy, enquête(s) miteuse(s) : voilà notre histoire. Bof ? Et pourtant, vous avez tort. Oubliez Point Break (quoique je n’arrive pas à renier ce film : je l’avais adoré à l’époque, je devais avoir 12/13 ans ; la scène de poursuite Keanu Reeves / feu Patrick Swayze reste un grand moment, peut-être la plus captivante scène de poursuite à pieds du cinéma – si si, devant celle Blade Runner, non mais !)

La patrouille de l’aube se situe entre La griffe du chien et L’hiver de Frankie Machine, les deux précédents livres de Don Winslow. Tout comme dans La griffe du chien, l’auteur nous entraîne avec talent en totale immersion dans un monde que nous ne connaissons pas  – hier, celui de la drogue, aujourd’hui, l’univers du surf californien : détaillé, avec maestria et soin, de la description de l’autoroute 101 qui longe l’océan, à la mécanique des vagues en passant par l’histoire du précurseur du surf américain, Georges Feeth. Et tout comme dans L’hiver de Frankie Machine, l’histoire est d’une simplicité désarmante. Et à l’instar des deux livres précédents, les personnages sont attachants et parfois flamboyants.

A noter cependant que le basculement d’écriture qui s’opère aux alentours de la 250e page (sur 350) est tout à fait passionnant à analyser. Jusqu’à présent, l’intrigue n’était que prétexte – les indices laissés çà et là qu’il y a bien quelque chose de plus sordide qu’une fraude à l’assurance (« Il y a un monde dont vous ignorez tout » ) sont plus présents pour maintenir notre intérêt que par réelle consistance. En définitive, Don Winslow nous parle de sa passion du surf dans le cadre du roman noir, cadre plus ludique et peut être aussi plus sincère que l’essai pur et simple. Mais en grand artisan qu’il est, l’auteur n’oublie jamais son lecteur, et à partir de la 250e page, l’histoire prend véritablement son indépendance, nous sommes arrivés en haut de la crête, et tout bascule, pour le lecteur comme pour les personnages… vers la finalité même du livre, vers la légitimité de son existence, vers ‘ce monde dont nous ignorons tout’, ce qui est fort heureux d’ailleurs.

La patrouille de l’aube est un livre plaisant, efficace. Un roman noir solide.  Et si nous tournons les pages ce n’est jamais mécanique. En fait, avec de tels auteurs, nous ne sommes jamais déçus (même si on espère à chaque fois qu’il nous refasse La griffe du chien, son chef d’œuvre.)

Lire également le post suivant de Jean-Marc Laherrère.

Extrait, La patrouille de l’aube de Don Winslow

« Qu’est-ce qu’une vague d’ailleurs ? Tout le monde en reconnait une, mais qu’est-ce en réalité ? Les physiciens y voient un « phénomène de transfert d’énergie. » Le dictionnaire parle de « perturbation voyageant d’un point à un autre dans un milieu donné. » Perturbation. C’est le mot. Quelque chose est perturbé. C’est à dire que deux éléments s’entrechoquent, déclenchant une vibration. […] La vibration est de l’énergie. Elle est transportée d’un point à un autre par le phénomène de la vague. L’eau elle-même ne se déplace pas. Ce qui se produit, c’est qu’une de ses particules tamponne la suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce que la dernière heurte quelque chose. Exactement comme cette stupide ola des évènements sportifs – les gens ne se déplacent pas dans le stade mais la ola, oui. L’énergie passe d’une personne à l’autre. »

Les Troisième chronique du règne de Nicolas 1er, Patrick Rambaud laisse une impression étrange derrière la rétine. Le processus d’écriture est aujourd’hui connu ; nous ouvrons le livre avec délectation et nous le refermons avec appréhension.

Les cinq chapitres de ce livre sont pathétiques.

Non pas le livre de Patrick Rambaud en tant que tel, mais le sujet même du livre. Les deux premiers volumes étaient caustiques et drôles, ils entretenaient en nous une distance catharsique. Mais ici, tout ceci, est tout simplement terrible, comme si le « trop », l’asprect too much de ce président donnait la nausée à l’écrivain et au lecteur. L’écriture est moins distanciée ; il y a des faits, bruts, et c’est peut-être ce qui rend le livre plus perspicace encore que les précédents. Et aussi moins drôle.

L’auteur n’en peut plus : tout cela continue, et cela n’est plus drôle. Seulement pitoyable. Et même la multitude d’invention des noms de notre Trépidant Président devient usant, fatiguant. Et vain.

Que les choses soient clairement établies : Patrick Rambaud n’est pas en cause, c’est le sujet intrinsèque qui engendre la grimace.  Nous pensions lire une farce, mais nous sommes devant un constat,  une réalité triviale : ce pays est le notre. Nous y vivons, et ceci n’est pas un roman.

Tout cela est bien triste.

La société intégrale de Cédric Lagandré est un petit grand livre dense de 87 pages.

Agrégé de philosophie, l’auteur utilise ses connaissances comme autant d’outils d’explication du monde, de notre société et de l’Homme. Il déchiffre véritablement ‘l’endroit du décor’ – en  développant une pensée originale.

En sept chapitres, Cédric Lagandré dévoile les processus d’une société proclamée comme homogène (et donc plus heureuse…) et qui n’est qu’uniforme – où l’individu n’est plus qu’une partie intégrée, sans personnalité ni pensées. Où l’Homme n’est plus, tout simplement.

« En renonçant à tout exposition réelle et à tout devenir, en renonçant à être sujet d’une parole, d’un désir, d’une pensée propre, et en recevant en retour les gages d’une identité toute faite et nullement en question, on parvient à un résultat qui ne cède en rien à la désindividualisation nazie. Le négoce morbide qui conduit l’individu à renoncer aux territoires d’individuation en échange d’une individualité intégrale et imaginaire (jamais exposé, jamais non plus en conflit, pas plus en devenir) ne coûte plus grand-chose (sauf un ennui perpétuel) à des hommes qui ne pas élevés, c’est-à-dire qu’on maintient dans la toute-puissance imaginaire de l’enfance et auxquels aucun dehors n’impose de se hisser au-dessus d’eux-mêmes. Aussi est-ce sans la violence autrefois nécessaire que les procédés d’infantilisation, utilisés à très grande échelle, font accepter l’échange de la subjectivité libre contre la panoplie de l’individu intégral, politiquement inoffensive. Les apparents progrès de la liberté individuelle ont été rendus possibles par l’abolition de l’individu, c’est-à-dire par la saturation des territoires d’individuation que sont le désir, le langage et le temps. »

Peut être pouvons-nous « reprocher quelques excès argumentaires » (cf. le coup de cœur d’Aude Lancelin, p. 112 du Nouvel Observateur de cette semaine). L’emploi du mot « totalitaire » (me) semble ainsi excessif – parler ‘d’une société totalisante’ serait plus adéquat, plus nuancé. (Sans doute suis-je infecté moi aussi, alors…)

Mais ne chipotons pas : Cédric Lagandré transmet et convainc. (Son analyse sur l’usage du tutoiement par défaut est à la fois simple et éclairante, comme l’est la décomposition du mot ‘intégration’ ou le fait ‘d’être connecté’ via les réseaux sociaux…)

A la fin de l’ouvrage, deux envies pointent : dire merci à l’auteur. Tout en lui demandant de continuer à développer sa pensée, en la croisant de sociologie, de science, etc. Pour lutter contre une société totalisante, une pensée totale est nécessaire.

Post-scriptum : la citation ci-dessus est à rapprocher de ce qu’écrivait Sri Aurobindo dans le Cycle humain : « Même l’attitude vitale de l’espèce (c’est-à-dire la façon dont s’expriment les activités de l’être vital dans l’homme : passions, sentiments, désirs, appétits, etc.) est en train de changer sous les tensions de la vie moderne. L’homme a cessé d’être un animal principalement physique et devient davantage un animal économique. […] L’âme humaine peut s’attarder quelque temps à un âge commercial avec son idéal vulgaire et barbare de succès, de satisfaction vitale, de productivité et de possession, afin d’en tirer certains gains et certaines expériences, mais elle ne peut pas s’y reposer d’une façon permanente. S’il persistait trop longtemps, la vie serait étouffée et périrait de sa propre pléthore, ou elle éclaterait sous la tension de sa grossière expansion. Semblable au Titan trop massif, elle s’écroulerait sous sa propre masse : mole ruet sua. »

Citation (44)

« Nous voyons la vérité lorsque nous dirigeons notre mental vers l’infini. »

Sâdhanâ, Rabindranâh Tagore

« Dans le vieux balancement entre la prudence, qui voudrait que l’on s’en tienne à l’indéfini (pour parler comme Descartes), c’est à dire que l’on envisage une borne qui puisse être repoussée sans cesse ; et l’audace, qui consiste à parler de l’infinité des étapes, comme si elle était effectivement réalisée, Cantor tirait les mathématiques du second côté. »

Mathématiques, in Histoires des sciences, coordonné par Georges Barthélemy, (éditions Ellipses)

Citation (43)

« Du bist ein held – Du bist, was zehnmal mehr ist, ein achter mensch! »

« Être dix fois plus qu’un héros : un homme véritable ! »

Zacharias Werner, Les Fils de la Vallée

Source de la citation


HEC Paris

Pitoyable. Enfin, moi je dis çà je dis rien.

[ ]

Je me suis lancé il y a quelques mois dans un projet personnel, un acte totalement gratuit, gravir une montagne, faire un marathon, écrire un livre. Accepter, assumer une liberté de faire sans autres contraintes que la volonté personnelle de clore un chapitre trop longtemps ouvert. Il n’y avait pas d’alternative, pas de choix, pas de présupposé axial. Une nécessite qui m’était imposée.

Bref, j’écris. Un roman. C’est comme un gros mot, comme faire de la pâte à sel. Un tabou, presque.

Et je lis et je recherche dans le cadre de ce travail précis et ordonnancé. Mais je dois reconnaître que je ne pensais pas à la fois y travailler si dur, et si lentement. Avec découragement, fatigue et renoncement aussi. Pour au final pas grand-chose (quelques pages tout au plus, même pas éditables). Je n’ai nullement le sentiment d’avoir à atteindre un but, une chimère de contentement personnel, mais simplement d’acquérir quelque chose au fur et à mesure qui restera ; avancer malgré tout. La vanité en toute chose (ce pas ‘grand-chose’) est par trop connu ; mais il faut l’assumer pour continuer à vivre. J’ai entendu cette phrase dans un film récemment (je ne me souviens plus lequel) : «  le secret, c’est de continuer à respirer. » Je crois que j’avais oublié pendant des années de respirer. Accepter notre vanité  et notre inutilité est difficile.

« Quand je veux connaître un sujet, j’écris un livre » est un adage que je ressens fortement. Ma vie change en ce que j’acquiers consciemment, méthodiquement et non plus de façon aléatoire. J’arrive tout juste à savoir où je veux aller, et sous quelle forme et sous quelle latitude. Des mois de notes pour une évidence : ça aussi c’est un résumé de ma vie. « C’est juste une illusion » : chaque étape, chaque recherche emporte des mondes incroyables.

Cet avoir n’est pas un savoir, une culture mais un changement intrinsèque qu’il convient de clarifier, d’éclaircir. Un acte de résilience peut-être. Mais pas seulement. Un accès au monde des hommes simplement.

J’aime beaucoup cette phrase « tout est dans tout et réciproquement. » Et si l’intelligence est de voir dans ce qui est semblable les différences, et dans ce qui est différent, ce qui est semblable, alors je n’aurai pas perdu mon temps.

La vie d’écriture de Pascal Quignard est un exemple. A défaut d’avoir son talent, son acuité, peut-être pourrais-je accéder à sa liberté, à sa libération… (Voir cette vidéo (chez Médiapart : mais je crois qu’elle est visible par tous) et son intervention dans La Grande Librairie.)

Citation (42.)

« Explications mystiques – Les explications mystiques sont considérées comme profondes ; en réalité, il s’en faut de beaucoup qu’elles soient même superficielles »

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 126

Citation (…/… 42)

« Un de ses traits [de Sohravardî] essentiels est de rendre indissociable philosophie et expérience mystique : une philosophie qui n’aboutit pas à une expérience mystique d’extase est une spéculation vaine ; une expérience mystique qui ne s’appuie pas sur une formation philosophique solide, est menacée de s’égarer et de dégénérer. »

Henry Corbin, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn’Arabi

Citation (42)

« Désormais la caméra est dans la tête, même si elle s’extériorise par des caméras de surveillance, par un flicage généralisé. Elle est aussi dans la tête des écrivains, des architectes, des animateurs culturels, des financiers. Ce qui est en train d’arriver, c’est l’ère de la subjectivité absolue à caméra intégrée. Ce qui veut dire une course à l’insensé qui dépasse de très loin la question de savoir si le monde est absurde, ou si l’humanisme a encore quelque chose à nous dire sur cette aventure. A moins d’avoir un point de vue très aigu de métaphysique, on ne peut rien dire qui soit à la mesure de cette démesure. »

Philippe Sollers, in Voir Ecrire, Christian de Portzamparc, Philippe Sollers

Citation (41)

« Ce n’est ni irréalisable, ni insoluble. Plusieurs fois, Kissinger m’a dit : « Tout le monde connaît la solution ». Mais la question est : comment enclencher la solution ? »

Hubert Védrine, à propos du conflit israëlo-palestinien, in New African, La fin du monopole occidental

Citation (40)

« Les cinquante prochaines années verront s’exacerber les tensions, les maladies, les pénuries ; nous n’avons plus le temps de développer de nouvelles filières, de nouveaux médicaments, de nouvelles règles du jeu (…). Un événement d’ampleur comparable à celle de la peste noire, c’est-à-dire une réduction de la population mondiale par un bon tiers paraît la conséquence inéluctable de notre gestion des ressources planétaires. (…)

Notre monde a été prévenu qu’il doit mourir, mais il ne le croit pas. »

Introduction au siècle des menaces, Jacques Blamont, cité par la Canard Enchainé du 21/07/2004

Vendetta de R.J. Ellory

Maudite soit les quatrièmes de couverture… (Lire ce qui suit à haute voix avec l’intonation la plus grave…)

« 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l’enquête prend vite un tour imprévu : le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s’entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à New York dans une unité de lutte contre le crime organisé. À cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. À sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C’est le début d’une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l’incroyable récit d’une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l’Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu’à nos jours. »

Bon, voilà, les fondements, les lignes de force du roman sont résumées… (Même si dans le détail, le kidnappeur demande à rencontrer Ray Hartmann avant de s’être livré…) La lenteur du récit donne le sentiment tout au long de la lecture que le livre ne commence véritablement que par à-coup : à la page 80, tout est en place pour le début d’un récit haletant… Et puis non. A la page 150 : et puis non encore… C’est long, que c’est long !… Mais tout cela agit quand même avec un charme indéniable. Oui, « quel est le véritable enjeu de cette confrontation ? Pourquoi Perez a-t-il souhaité qu’Hartmann soit son interlocuteur ? » R.J. Ellory possède suffisamment de talent (et de métier) pour relancer l’intérêt… et trousser un bon polar, efficace : « Hartmann ira de surprise en surprise jusqu’à l’étonnant coup de théâtre final » – qu’on subodore une trentaine de page avant…

Mais maudite soit la quatrième de couverture :

« Avec ce roman d’une envergure impressionnante, R. J. Ellory retrace cinquante ans d’histoire clandestine des États-Unis à travers une intrigue qui ne laisse pas une seconde de répit au lecteur. Maître de la manipulation, il mêle avec une virtuosité étonnante les faits réels et la fiction, le cinémascope et le tableau intime, tissant ainsi une toile diabolique d’une rare intensité. »

L’auteur ne mêle en rien fiction et réalité : l’Histoire n’est qu’un fond sonore, une succession d’images sépias sur télévision situées dans un coin, là, en bas à gauche, du récit. L’accumulation de faits entrecoupés de « ; » est moins une « virtuosité étonnante » qu’un artefact de style qui entremêle en rien ‘réel et fiction’. Ce n’est ni Le seigneur de Bombay (Vikram Chandra) ni La griffe du chien (Don Winslow).

Vendetta de R.J. Ellory est un bon livre, avec de vraies bonnes pages et avec d’autres moins nécessaires. Une lecture de rentrée en somme. Ni plus ni moins.

Citation (39)

« La faculté d’écrire n’a rien à voir avec l’écriture. En fait, être un écrivain, c’est voir les choses différemment. Les voir tout court. Ne pas juste se contenter de regarder par la fenêtre. »

Zoyâ Pirzâd, Le Monde daté du vendredi 19 juin 2009

Ça y est – je suis conquis. J’attendais la deuxième diffusion de la nouvelle émission littéraire de Frédéric Ferney pour m’exprimer. Et ça y est, suis conquis.

Après son éviction de France 5 il y a un an, Frédéric Ferney a donc réussi son pari de s’affranchir de la télévision pour se tourner vers un mode de diffusion alternatif, le web – l’émission existe, l’image est belle,  le son est parfois aléatoire (si si), mais le Bateau Libre est repartit. Et j’en suis heureux, parce que sincèrement, c’est vachement bien… (Reste à savoir si économiquement tout cela pourra perdurer. Je ne pense pas que les parties prenantes veuillent faire fortune, mais qu’elles ambitionnent légitiment vivre de leur travail. Il serait intéressant de connaître l’économie de l’émission, non pas pour savoir qui gagne combien, mais pour connaître le nombre de connexions et/ou d’adhésion à l’association nécessaire à la pérennité du projet…).

Deux réflexions. Le choix des invités et la qualité de l’interview.

Le choix des invités est à la fois éclectiques (de Max Gallo à Philippe Djian, en passant par Philippe Grimbert), et de très haut niveau (Pascal Dusapin notamment). J’ai regretté cependant pour la deuxième édition que les invités ne puissent échangés à la fin comme cela avait été le cas lors de la première… Mais tout cela n’est pas grave ; elle se cherche, et c’est bien normal. Gageons également que Frédéric Ferney saura nous faire découvrir d’autres auteurs plus confidentiels, mais tout aussi nécessaires. Je suis heureux également que l’émission s’ouvre aux livres de toute sorte, et pas seulement au roman.

A titre personnel, j’ai parmi mes nombreuses questions en suspens, la Révolution Française. J’ai entendu Max Gallo de multiples fois (télévision, radio…) pour la promotion de ses ouvrages sur la Révolution Française, et jamais je n’ai eu l’idée qu’ils puissent répondre à mes désirs. Mais là, dimanche matin, devant mon ordinateur, il en fut tout autrement. Expliquer ce retournement, je ne le saurais. Et d’ailleurs, peu importe puisque ils seront les livres de mes vacances prochaines…

Bref, les objectifs sont dors et déjà remplit – ce qui n’est pas une surprise. Certes reste à concrétiser le succès en terme de connexions (là je ne me fais pas trop de souci), et en terme de financement (suis plus pessimiste…) Mais les émissions existent, et c’est déjà merveilleux.

« […] la musique ne dit rien et on ne dit jamais rien sur la musique. Dire sur elle est insensé. Alors, on n’en dit rien. Jamais. A défaut de pouvoir la dire, on en parle. »

La musique en train de se faire, Pascal Dusapin

Quelques livres, une bibliographie raisonnée et très sélective, de quelques livres sur un sujet (plus ou moins) circonscrit…

Talking jazz, conversations au cœur du jazz (Miles Davis, Keith Jarrett, Herbie Hancock…), Ben Sidran (Night & Day Library)

John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud)

Dictionnaire du jazz (Robert Laffont, collection Bouquins)

Free Jazz, Black power, Philippe Carles, Jean-Louis Comolli (Folio)

Le peuple du blues, Le Roi Jones (Folio)

Monk, Laurent de Wilde (Folio)

Ravel, Jean Echenoz (Les éditions de minuit)

L’odyssée du jazz, Noël Balen (Liana Levi)

La rivière et son secret, des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach : le destion d’une femme d’exception, Zhu Xia-Mei (Robert Laffont)

Les musiciens de jazz et leurs trois vœux, Pannonica de Koenigswarter (Buchet-Chastel)

John Coltrane, sa vie, sa musique, Lewis Porter (Outre Mesure)

Jazz me blues, interviews et portraits de musiciens de jazz et de blues, François Positif (Outre Mesure)

Moins qu’un chien, Charles Mingus, (Parenthèses)

Musique Action, défrichage sonore, entretiens autour du festival, Henri Jules Julien, (Musique Action, Le mot et le reste)

Glenn Gould, piano solo, Michel Schneider (Folio)

L’oreille musicienne, Claude-Henri Chouard (Folio)

Janis Joplin, Jean-Yves Reuzeau (Folio)

Awopbopaloobop Alopbamboom, Nik Cohn (Allia)

The dark stuff, l’envers du rock, Nick Kent (Naïve)

Waiting for the man, histoire des drogues & de la pop music, Harry Shapiro(Camion noir)

Le Silence des Sphères, essais sur la musique, Valery Afanassiev (José Corti)

Musiques, une encyclopédie pour le XXIe siècle, 5 tomes, sous la direction de Jean-Jacques Nattiez (Actes Sud, Cité de la musique)

Musicophilia, la musique, le cerveau et nous, Oliver Sacks (Seuil)

La musique en train de se faire, Pascal Dusapin (Seuil)

Miles, l’autobiographie (Infolio)

Jazz life, A journey for jazz across America in 1960, William Claxton, Joachim-Ernst Berendt (Taschen)

Jazz covers, Joaquim Paulo (Taschen)

Jazz image, les grands photographes de jazz, Lee Tanner (Seuil)

Le siècle du jazz, catalogue de l’exposition, (Musée du quai Branly, Skira, Flammarion)

La leçon de musique (Hachette) et La Haine de la musique, Pascal Quignard (Folio)

Origine et Pouvoirs de la musique, Alain Daniélou (Editions Kailash)

Citations (38)

« Dans ses envolées les plus hautes, surtout en musique et en architecture (qui ne font qu’un), l’homme donne l’illusion de rivaliser avec l’ordre, la majesté et la splendeur des cieux. »

Henry Miller, Le Colosse de Maroussi

« Dans mon exégèse architecturale, je ne parle que musique. Je ne connais pas les notes, mais archi[tecture] ou musique, c’est temps et espace la même chose, un art de sensation successives et mis en symphonie. »

Le Corbusier, dans une lettre à sa mère

Ces deux citations sont extraites du livre de Nicholas Fox Weber, C’était Le Corbusier


« Il existe bien un lien entre architecture et musique. Le plus important est sans doute la disposition naturelle de ces deux arts à envisager leurs espaces respectifs sur des paradigmes de formes et de proportions. »

Pascal Dusapin, Un musique en train de se faire – citation extraite des premiers mots de sa leçon inaugurale à la chaire de création artistique du Collège de France


« (…) le mot ‘métaphysique’ est tombé en désuétude ; et pourtant la musique nous le rappelle avec obstination. Elle nous parle des mystères situés dans le ‘domaine du réel ultime’. »

Valery Afanassiev, Le Silence des Sphères

Citations (37)

« Chaque science peut conduire à la source commune de toutes les sciences. Toutefois, il existe quatre voies du savoir qui sont considérées comme menant plus directement à l’intelligence de la réalité supérieure. L’enseignement de ces quatre sciences est symboliquement attribué à Shiva. Elles sont : le Yoga ou méthode de perception supra-sensorielle des réalités transcendantales ; le Vedanta ou théorie métaphysique, qui est la compréhension intellectuelle des réalités transcendantales ; la Sémantiques ou étude des moyens de transmission du savoir, qui étudie les rapports des mots ou des symboles verbaux avec les idées ou images mentales, et la musique qui est la perception directes des rapports symboliques des nombres avec les idées et les formes. »

Alain Daniélou, Mythes et Dieux de l’Inde

Ca ne sort pas

Je ne sais pas pourquoi – ou alors, je ne le sais que trop bien et je n’ose me l’exprimer. Trop de blocages intimes, une certaine imposture dans l’existence, trop de vanités qui nous entourent et nous enserrent. Mais peu importe les causes, les raisons, les prétextes, puisque je n’arrive pas à écrire : ça ne sort pas. Comme un cri dans la gorge, une émotion bloquée au plexus, je n’arrive à rien. De la lâcheté surtout à ne pas assumer ma propre médiocrité.

Mon carnet de notes est plein, segmenté ; la documentation est présente, dense, étonnante parfois, comme un trou sans fond : je ne cesse d’en collecter de nouvelles, une simple phrase, trouver un angle différent, voler des expressions, des éléments ; le plan s’affine peu à peu, naturellement ; les buts sont définis – même la forme est assumée (la forme des textes s’impose à soi,  je le crois profondément) ; sur les 7 parties du ‘roman’, quatre sont en passe en de se terminer : et je reste apeuré comme devant une montagne trop grande que c’en est décourageant, un travail trop énorme en temps et en énergie, pour juste quelques pages trop obscures, trop plates, même pas une « v.1 » sur laquelle travailler et s’illusionner. Et bâtir.

“Se sentir toujours trop petit pour ce qu’on désire et trop grand pour ce que l’on atteint, se sentir entre ces deux alternatives sans trouver d’issue, sans connaître le moyen de terminer cet état de lutte ; voir toujours la tache inachevée, sentir l’âme inassouvie, brûlant d’un feu qui le dévore, et constater l’impuissance humaine à calmer cet embrasement intérieur, ce volcan qui bouillonne.” écrivait Marie Jaëll…

Je suis aussi conscient qu’une fois terminé, le livre n’aura pas vocation à l’édition. Comment s’évertuer à chercher à imposer (ni même espérer) un roman sans histoire et sans personnage : morcelé sur un même thème. Comme dans cette chanson de Vincent Delerm sur le Festival d’Avignon – « pas de public finalement. »

Pourquoi écrire ? Là est bien la question.

Pourquoi écrire ? Pour la transcendance. Pour saisir comme on saisit le vent ce plus de vie qui nous manque tant. Et l’écriture, la fonction des mots, est une des voies de la connaissance. Transcendance (de l’auteur), transmission (par l’écriture) et transcendance (du lecteur). Voilà le pourquoi de l’écriture. Et de l’art ou de tout création : acquérir et transmettre un peu plus de vie à l’autre.

Mais, bref, ça sort pas. Et ça m’énerve.

41w7hROA5RL._SS500_Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Son dernier ouvrage, L’endroit du décor, rassemble des chroniques écrites pour Philosophie Magazine… Chacune s’ordonne comme les briques d’une maison : 25 mots, autant d’entrées dans le réel. Étonnement, Solitude, Silence, Narcissisme… « Le réel est un secret que nul n’ignore, caché par nos simulacres, au premier rang desquels le voile sournois de la transparence. […] L’envers du décor n’est qu’un décor de plus, et les apparences sont, à ce titre, moins trompeuses que le sentiment d’être trompé par elles. »

Peut-être comme le relève le Nouvel Observateur, « l’auteur a un vrai sens de la formule. [Il] en abuse parfois, cherchant davantage le bon mot que la pensée juste. » Mais dans les différentes critiques (Le Monde, L’Express…), est-ce la seule réserve relevée.

Et donc ? Ben, pas grand chose.

Raphaël Enthoven explicite les évidences. Il a écrit un abécédaire. Attention : ce n’est pas un enfilage de perles et de lapalissades : revenir aux bases est souvent nécessaire. Rien de plus, rien de moins cependant. Avec talent, certes, mais un ensemble de dissertations ne révèle rien, sinon d’une pensée originale, du moins d’un point de vue subjectif. Peu de « choses profondes » ; de jolies écumes qui apparaissent devant tant de talents, inconsistantes, décevantes. Souvent, s’arrête-t-il au moment même où il devrait commencer : d’où une certaine frustration. A lire donc, quand on a 18 ans, le bac philo à la fin de l’année, et/ou quand la vie n’a pas eu encore d’impacts forts sur notre esprit.

Etrangement, le plus beau texte est le dernier du recueil. Simplicité. « L’essence de la philosophie est l’esprit de simplicité… toujours nous trouvons que la complication est superficielle, la construction un accessoire, la synthèse une apparence : philosopher est un acte simple. Plus nous nous pénétrons de cette vérité, plus nous inclinerons à faire sortir la philosophie de l’école et à la rapprocher de la vie. » Et comme un symptôme, ces mots de Bergson clos le volume : les évidences ne sont en rien le réel, elles le révèlent parfois, souvent, elles en indiquent la teneur, elles en sont les indices. Et Raphaël Enthoven confond indices et vérité.

Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Comme s’il n’a pas encore ‘souffert jusqu’au sang’, et que sa souffrance n’avait pas encore dépassée son corps, atteint sa conscience. Mais aujourd’hui, tout le talent, toute la jeunesse, toute la beauté entrave presque son éclosion.

Quelle heure est-il ?

Les plus belles montres du monde (enfin, à mon avis…)

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512XhEClZjL._SS400_Attention chef-d’œuvre. Tout simplement. Uniquement.

Au-delà du mal de Shane Stevens est à la fois violent et sans complaisance, un livre qui mêlent et entremêlent la politique, la vie de la presse, la vie policière, les criminologues… Et la vie intime du personnage principal. Plus de 750 pages, longues, totales, où chaque personnage, presque chaque victime possède sa propre histoire, et qui, dans le chaos de la vie, s’entrechoquent, se disloquent, meurent.

Shane Stevens n’écrit pas, ne décrit pas – pas d’esbroufes, de style, d’effets ou d’affects : il raconte, tranquillement l’horreur et le quotidien.

Un instant fantastique de lecture.

Mais laissons parler Gérard Collard – qui même s’il se mélangent un peu sur le déroulement de l’intrigue, reflète complètement ce que j’ai ressentis : plus le livre avance, meilleur il est. Voir ici.

Citation (36)

« Dans la sâdhana de Kabîr, l’amour est à la fois moyen et terme (…) »

Charlotte Vaudeville, in l’introduction Au cabaret de l’amour, paroles de Kabîr,

éditions Gallimard, Connaissance de l’Orient

entrL’ange et le cachalot est un recueil de chroniques de Simon Leys édité en 1998 – formidables, denses, nécessaires… comme tous les livres de Simon Leys. Ce Titre étrange s’inspire d’une citation de Chesterton, mise en exergue de l’ouvrage, et qui définit le secret même d’une vie. «  Un homme qui s’attache aux harmonies, qui n’associe les étoiles qu’avec les anges, ou les agneaux avec les fleurs printanières, risque d’être bien frivole, car il n’adopte q’un seul mode à certain moment ; et puis ce moment une fois passé, il peut oublier le mode en question. Mais un homme qui tâche d’accorder des anges avec des cachalots doit, lui, avoir une vision assez sérieuse de l’univers. »

Et Cécile Guilbert a « une vision assez sérieuse de l’univers. »

Sans entraves et sans temps morts est le titre de ce recueil de textes  (plus essais que chroniques) parus initialement dans divers magazines et revues. Les sujets en sont si divers, si éclectiques (que je vous laisse les découvrir pour ne rien déflorer du plaisir), qu’on regrette presque que l’éditeur les aient classifiés par types, par genre. Peut-être est-ce ontologique au corpus français, comme si ordonnancer était nécessairement français : Guerre dans la société du spectacle, Grand siècle, Rock’n’roll, etc. Mais ce ‘faux gros livre’ est un jardin à la française, métaphysique, qui à l’œil paresseux et oisif apparaît rectiligne, emplit de perspectives et d’angles, mais qui au fil des allées se révèle complexe et troublant. Surprenant. Comme un porte-jartelles sous la jupe d’une femme et qu’on découvre  par inadvertance, il se mérite. Cécile Guilbert possède une optique lumineuse, éclatée, et qui se concentre en une Trinité : sensualité, profondeur, liberté… Elle promène son absolu, déambule dans l’écriture et dans le monde, à la recherche d’un opium millénaire et aujourd’hui oublié.

Sans entraves et sans temps morts : plus qu’une ‘pugnacité et une érudition impressionnante’ (4e de couv.), une respiration, une transmission.

C’est beau le talent.

A voir Cécile Guilbert dans La Grande Librairie (ne serait-ce que pour entendre sa voix)

A lire cet article du Monde.

(Un souvenir de lecteurs cependant. J’avais acheté ce livre, je l’avais même demandé à la Fnac des Ternes avant qu’il ne soit mis en évidence sur les tables (ce qui est présentement rectifié…) et pendant quelques jours, il resta dans mon sac à dos. Je l’ouvrais, lisais quelques pages, le refermais : je n’arrivais pas à y entrer. Je ne sais pourquoi ; ce n’était pas le moment sans doute. Et puis, un soir, tard, après une journée particulièrement difficile et profane, le soleil se couchant, sincèrement fatigué, je lu quelques pages. Ma journée ne fut pas vaine.)

Citation (35)

« Le temps de Planck est le temps qu’il faudrait à un photon dans le vide pour parcourir une distance égale à la longueur de Planck. Comme celle-ci est la plus petite longueur mesurable et la vitesse de la lumière la plus grande vitesse possible, le temps de Planck est la plus petite mesure temporelle ayant une signification physique dans le cadre de nos théories présentes. […] Elle est égale à (Gh/C5)1/2. Elle vaut à peu près 10-43 secondes. En deçà de cette échelle, nos représentations habituelles de l’espace et du temps perdent toute signification et les alternatives proposées à ce jour demeurent hautement spéculatives. »

Article Wikipédia, entrée Temps de Planck & Les tactiques de Chronos d’Etienne Klein (Champs Flammarion)

48Voilà un livre qui vaut (beaucoup mieux…) que son titre, un livre où chaque page recèle des joyaux de l’Histoire, des contes et des anecdotes, de citations et d’analyses, illustrant le propos : le pouvoir, comment le gagner, comment le conserver. Vaste programme !

Exemple.

« LOI 15 : Détruisez totalement votre ennemi.
Tous les grands meneurs savaient qu’un ennemi craint doit être détruit complètement. (Quelquefois ils l’ont su de la mauvaise manière). Si une braise reste allumée, peu importe de quelle manière elle se consume, le feu reprendra finalement. La défaite est d’autant plus grande lors d’un arrêt à mi-course que lors d’une destruction totale: l’ennemi se relèvera et cherchera revanche. Détruisez le, pas seulement physiquement mais également spirituellement. »

Et Robert Greene de développer deux exemples, tous deux extraits de l’Histoire de Chine, un qui viole la loi, l’autre qui l’applique. L’auteur en fait leur interprétation ; il en donne la morale en somme : « Ceux qui cherchent à accomplir des choses ne doivent pas faire preuve de miséricorde. » (Kautilya, philosophe indien du IIIe siècle av. JC.) ; « Un prêtre demanda sur son lit de mort à l’homme politique et général espagnol Ramon Maria Narvaez (1800-1868) : Votre Excellence pardonne-t-elle à ses ennemis ? », Narvaez répondit : « Je n’ai pas à pardonner à mes ennemis, je les ai tous fait tuer. »

Ensuite, développant encore son propos par « les clefs du pouvoir » (une analyse de Sun Zi), Robert Greene emprunte à l’Histoire biblique la première application de cette loi. Le tout en seulement 8 pages !

Vous pouvez trouver les 48 lois ici

Power, les 48 lois du pouvoir de Robert Greene est un livre formidable, dense, réjouissant… et frustrant : nous voudrions tout comprendre, tout retenir… A défaut de tout appliquer ; l’anhiliation physique de nos ennemis ne fait plus partie que nos moeurs (enfin, je crois… ) Mais l’Homme ne change pas ; les mêmes raisonnements, les mêmes réactions perdurent d’époques en époques…

Terminons notre propos par un proverbe soufi : « Ramassez une abeille par gentillesse et vous apprendrez les limites de la gentillesses. »

Citation (34)

« Nous n’avons aucune obligation de faire l’Histoire. Nous n’avons aucune obligation de faire l’Art. Nous n’avons aucune obligation d’affirmer quelque chose. Notre obligation est de faire de l’argent, et pour faire de l’argent, il peut s’avérer nécessaire de faire l’Histoire. Pour faire de l’argent, il peut être important de faire de l’art, ou d’affirmer quelques choses signifiantes. Pour faire de l’argent, il peut être important de gagner un oscar, car cela peut signifier 10 millions de dollars de plus au box-office. Notre seul objectif est de faire de l’argent, mais pour faire de l’argent, nous devons toujours faire des films divertissants. »

Extrait d’un mémo de Don Simpson intitulé Faire de l’argent est la seule raison de faire des films, cité par Charles Fleming, in Box-office (Sonatine)

Citation (33)

« A l’instant même où l’on comprend que la véritable connaissance ne résulte pas d’une acquisition mais d’un déblaiement, tout bascule aussitôt. »

Marie-Madeleine Davy, Traversée en solitaire

« Zut ! » …

… est le dernier article du Dictionnaire amoureux de la gastronomie de Christian Millau…  « Et puis, zut ! Tant pis pour ma réputation… Ensemble, nous nous sommes assis autour de tables qui comptent parmi les meilleures du monde […] et vécu, je crois, quelques moments inoubliables. Mais, il faut que je vous le dise : j’aime aussi la mauvaise cuisine. Enfin… pas vraiment mauvaise. Mangeable et sans intérêt. Juste bonne à me remplir l’estomac car, si comme Churchill « je me contente du meilleur », je me contente parfaitement de ce qui ne l’est pas. A condition que cela me procure du plaisir. Et le plaisir, je ne le trouve pas uniquement dans des maisons où la nourriture est délicieuse, merveilleuse, extraordinaire, mais là où je me sens bien et ai envie de retourner. […] J’ai connu des restaurants où la cuisine était juste au-dessous de la moyenne et où, pourtant, c’était pour moi, chaque fois, un  vrai bonheur d’y retourner. Pour trente-six raisons, souvent sans lien les unes autres : parce que le décor tarte me plaisait infiniment et me reposait des coups de génie de nos grands décorateurs ; […] parce que la petite serveuse avait un sourire adorable ; […] parce que le chien de la maison m’avait à la bonne ou parce que le chat sautait sur la banquette pour venir ronronner sur mes genoux… parce que… parce que… parce que, à la longue, la perfection m’ennuie et que j’aime les petits riens du tout qui donnent à la vie un coup de soleil. »

Remplacer les mots « table » et « cuisine » par « livre », « littérature » ou « art », et une fenêtre s’ouvre en vous et sur le monde. Comme la ‘grande cuisine’ n’est pas ‘une cuisine juste au-dessous de la moyenne’, Le voyage au bout de la nuit, n’est pas la Deuxième Chronique du règne de Nicolas Ier : tout ne ce vaut pas, tout n’est pas équivalant.  Et  Patrick Ranbaud, en l’espèce, ne prétend nullement être Céline, ni même Saint-Simon. Mais, le plaisir est si divers dans ses variations, dans son intensité, que notre propre sensibilité peut s’épanouir, en soi, aux autres vers d’autres lieux… J’aime cette idée des « petits riens du tout qui donnent à la vie un coup de soleil. »

… de retour… Comme je me l’imaginais, ce fut assez tranquille, et même agréable, de 9 h 45 (heure approximative de mon arrivée) à 11 h : après, ce fut une veille de Noël à la Fnac des Ternes : insupportable ; ou le premier jour des soldes boulevard Haussmann. A noter les cris suraiguës de groupies saluant l’arrivée sur le stand de France Télévision des acteurs de Plus belle la vie – et non d’Alain Juppé, sur celui de L’Express  /RTL (quoique, ça aurait été plus rigolo). Et comme chaque année : des auteurs abandonnés qui côtoient les files d’attente pour Guillaume Musso ou Amélie Nothomb ; des auteurs qui perrorent en discutant avec des « je ne sais qui » potentiels ; des enfants qui se demandent se qu’il foutent là, ou alors à rester tranquille chez Casterman ou Dupuis, mais çà, faut pas chercher ; des mamies qui discutent pour savoir si Doris Lessing a eu son Prix Nobel pour ce livre çi ou pour ce livre là ; de jolies jeunes filles aux caisses des éditeurs, des moins jeunes et des moins jolies aussi ; des petits éditeurs (une demie tables de présentation) pas très loin du show-room Gallimard… Et des gothiques qui cherchent les éditeurs de Manga… L’année prochaine, j’irai le vendredi ou le mardi : j’abandonne le week-end.

Voici mes « rencontres » (en pensant que tout bien considéré, j’en ai reposé une tatouille – mais c’est ainsi, je ne peux ni tout acheter, ni tout lire : un jour, il faudrait quand même que je renonce aux limites humaines) ; voila donc ces ouvrages, mais je m’étais fixé principalement sur des livres qui pourraient m’aider dans mon travail ; même si au final, j’ai dû quand même rechercher du plus léger, enfin, du moins ‘lourd’. Je me suis concentré sur ceux que je ne connaissais pas encore, et dont la chances de les croiser est faible…

Contes du vampires – contes indiens du XIe siècle.

Au cabaret de l’amour, paroles de Kabir –  poète et mystique indien du XVIe siècle.

Poèmes d’un voleur d’Amour, attribués à Bhilhama – poèmes d’amour indien.

Je voulais regarder spécifiquement la collection Connaissance de l’Orient de Gallimard…

Les fondements de la culture indienne, Sri Aurobindo

Il est rare de trouver ce texte de Sri Aurobindo en librairie ; je n’ai pas hésité longtemps…

Mu, le maître et les magiciennes, Alexandro Jororowsky

Enquête au coeur de l’être, ouvrage collectif

La synchronicité, l’âme et la science, ouvrage collectif

Le Colosse de New York, Une ville en treize parties, Colson Whitehead

Musique action, défrichage sonore, entretien autour du festival par Henri Jules Julien

Histoire de la Méditerranée, John Julius Norwich

Adios Madrid et Ombre de l’ombre, Paco Ignacio Taibo II

La perfection du tir, Mathias Enard

Et d’autres que je regrette déjà de n’avoir pas oser acquérir, d’avoir été raisonnable… enfin presque.

Salon du livre… 2009

Après d’âpres négociations avec la meilleur partie de moi-même pour une avance budgétaire raisonnable, demain matin, objectif Salon du Livre de Paris, Porte de Versailles… Alors, arrivée 9 h 30, dès l’ouverture, revue méthodique, détaillée de chaque stand  – ma liste en poche de bouquins pas ou peu disponibles (on ne sait jamais, sur un malentendu, je peux même trouver la recherche du bonheur…) – et à partir de midi, retour à la maison : la foule m’ennuie.

Je reste néanmoins dubitatif sur mon intérêt pour la manifestation : les livres ne bénéficient pas de la remise de 5% ;  je ne sais pas engager la discussion facilement :  les rencontres seront donc rachitiques tout au plus  ; les conférences… peut-être : mais par nature, je m’en fous ; la rencontre avec des auteurs : oui, certes, mais parler 5 minutes ensemble est déjà un exploit, alors… Alors, pourquoi y aller ? Pour les livres, bien sur ! Pour la profusion, pour la multiplicité des potentialités de rencontres avec des livres dont je ne connais pas l’existence et qui m’attendent, moi et pas le copain…

amas-globulaire

Le reste n’est que billevesée.

Citation (32)

« Se sentir toujours trop petit pour ce qu’on désire et trop grand pour ce que l’on atteint, se sentir entre ces deux alternatives sans trouver d’issue, sans connaître le moyen de terminer cet état de lutte ; voir toujours la tache inachevée, sentir l’âme inassouvie, brûlant d’un feu qui le dévore, et constater l’impuissance humaine à calmer cet embrasement intérieur, ce volcan qui bouillonne. »

Marie Jaëll, pianiste et compositrice française

sepetDepuis Citoyens Clandestins, DOA est un auteur qu’il faut suivre : chaque livre est attendu, anticipé, espéré : au point (malgré une timidité maladive) d’aller le faire chercher dans les bacs (le cinquième, bien sûr, le dernier, tout en dessous…) le jour même de sa sortie – c’est dire…

Au fin fond du Tarn-et-Garonne, à Moissac, (ville médiévale, ses vignes, son abbaye, son hospitalité…), se rencontrent, se percutent comme des particules instables : des trafiquants de drogues colombiens et napolitains, des avocats, des gendarmes, des paysans racistes et objets du racisme, un motard, un tueur paramilitaire, un clochard, un chien… La raison d’Etat. Le roman est dense, efficace à en oublier l’heure, à regretter d’être arrivé à sa station de RER pour aller bosser – à penser que le boulot est vraiment une perte de temps… Sec, violent, court (à peine plus de 200 pages) : raconter ne serait-ce que le début ce serait défleurir votre plaisir, la surprise… Le serpent aux milles coupures a la « caresse d’une machette. »

Wikipédia définit la « mondialisation » comme « l’expansion et l’harmonisation des liens d’interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques à l’échelle du monde. Ce phénomène touche les hommes et les femmes dans la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. » Le serpent aux milles coupures joue directement de cette ‘interdépendance’ qui bouscule notre propre ‘temporalité’. Quelques années auparavant, il aurait fallut des trésors d’inventivité, de multiples circonvolutions, à l’auteur pour que cette histoire soit vraisemblable. Aujourd’hui – et même si l’action se déroule en 2002 -, c’est juste cohérent avec notre monde – normal. Peut-être, de prime abord, peut-on trouver que le « point de départ rocambolesque handicape d’entrée de jeu le roman par son côté trop gros pour être honnête » – mais le penser, c’est manquer de lucidité. Nous y sommes. Tout simplement. C’est notre monde.

Le serpent aux milles coupures poursuit Citoyens Clandestins – et même étonnamment, va plus loin, non dans l’histoire à proprement parlé, mais en ce qu’il nous inclus comme victime potentielle et collatérale de ce ‘pur capitalisme.’ Les deux romans sont complémentaires, ils sont les deux faces de notre monde. La guérilla colombienne n’est pas si éloignée de la France dite profonde – et les techniques d’exécution de la Chine ancienne peuvent nous rattraper, tous, un jour, comme par mégarde, parce que nous étions au mauvais endroit au mauvais moment. « C’est tout ». Étrangement, le roman tout entier semble tenir dans cette dernière réplique : « c’est tout. » Le presque rien qui définit notre vie se conjugue avec des forces qui nous dépassent plus intensément, plus intimement que jamais. Si le battement d’aile du papillon illustre la théorie du chaos – intellectuellement stimulant, l’impact dans notre vie reste à déterminer – ici, c’est la mise ne branle de l’interdépendance de nos vies à tous qui effraie.

Le serpent aux milles coupures inverse notre rapport au monde, pour survivre. A lire, et à méditer.

PS : la fin réserve effectivement « une petite surprise […] dont on dira rien ici » – en fait, moins une surprise qu’un espoir de lecteur qui se réalise, et qui donne au livre, une petit touche, un zest, un plaisir inouie…

Citation (31)

« – Pourquoi les hommes se révoltent-ils ?
– Pour trouver la beauté, répond l’indien. Soit dans la vie, soit dans la mort. »

Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux de l’Inde –

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Suite à un post d’Antoine Chainas, la parution prochaine de ce livre restait quelque part dans ma tête – et comme en Février 2009 : ils arrivent, je ne résiste pas à vous reproduire la quatrième de couverture. Sait-on jamais, çà peut toujours servir. (pssst, encore un bouquin à acheter : nous en reparlerons. Ou pas.)

10 règles essentielles pour survivre à une attaque zombie.

1. Organisez-vous avant leur arrivée.

2. Ils ignorent la peur. Faites de même.

3. Coupez-leur la tête. Utilisez la vôtre.

4. Les machettes n’ont pas besoin de munitions.

5. Cheveux courts, vêtements serrés = protection optimale.

6. Grimpez à l’étage. Démolissez l’escalier.

7. Abandonnez votre voiture. Prenez un vélo.

8. Remuez-vous. Soyez discret. Taisez-vous. Tenez-vous sur vos gardes.

9. Aucun endroit n’est totalement sûr. Juste moins dangereux.

10. Même si les zombies sont partis, la menace subsiste. Ne prenez pas à la légère votre bien le plus précieux : votre vie.

Remarquez, ces règles sont (toutes ou parties) adaptables aussi à la vie en entreprise. Limite à la vie de famille. En tout cas, ça peut servir dans le large spectre des relations humaines, n’est-il pas ?

Je découvre cette série – je sais j’ai du retard à l’allumage : mais c’est absolument formidable. Suis fan.

« It’s america, man. »

Citation (30)

« Quand l’existence est réduite à des tâches abrutissantes, sans aucune conscience supérieure, culture ou religieuse, n’est là pour canaliser les instincts, on ne trouve le moyen de se défendre qu’en agressant. »

Zhu Xiao-Mei, in La Rivière et son secret, éditions Robert Laffont

Bref, suis dispo

Article lu ce jour sur le site du Figaro cet article – extrait :

« On connaissait le speed dating, ces rendez-vous express où il faut séduire l’âme sœur. La Scelf (Société civile des éditeurs de langue française) a eu l’idée géniale d’adapter ce principe à l’édition en proposant, lors du Salon du livre de Paris, une journée dédiée au marché des droits audiovisuels. « Ce marché se déroulera sous ­forme de rendez-vous individuels entre producteurs de cinéma et de télévision, réalisateurs et scéna­ristes, et les responsables des maisons d’édition accompagnés parfois de leurs auteurs », explique la romancière Pascale Kramer, chargée de mission. »

Dans la continuité, lire également la dépêche sur le site  de la SCELF.

Cette information vient dans le droit fil de mon post précédent (« Cher François Busnel ») et de ma propre analyse – avec cependant une réflexion et une question :

La réflexion est en fait une citation de DH Kahnweiler : « Ce sont les grands artistes qui font les grands marchands. » Pour mémoire, David-Henri Kanhvweiler est un marchand d’art du début du XXe siècle qui « fut le premier, avec Wilhelm Uhde, à percevoir la rupture et la force des Demoiselles d’Avignon, toile fondatrice du cubisme en 1907. » (dixit Wikipédia – mais je vous recomande vivement sa biographie par Pierre Assouline, L’homme de l’art) Sa perpicacité fit sa fortune – le même raisonnement vaut pour l’édition, la presse, la production…

Une question : encore faut-il que les producteurs sachent lire ?

Je reprend et affine ma réponse à The Big Bad Wolf. Je suis convaincu que nous assistons l’émergence de talents et d’un mouvement de fond formidable au sein de la littérature française, et dont le polar est le révélateur. A l’image de ce qu’on a appelé « la nouvelle scéne française de la chason » : les Bénabar, Vincent Delerm et les autres Benjamin Biolay… Avec le succés que le l’on sait, tant public que critique. Le renouveau de la Série Noire tient de la même logique.

A titre personnel, si j’ai un talent, c’est que je suis un lecteur – avant toute chose, je suis un lecteur. Si je peux apporter une chose et une seule, c’est cette approche là, cette interconnexion, la mise en exergue des talents des autres. Nécessaire, indispensable, c’est l’alchimie des rencontres ; c’est avoir l’esprit sentinelle (tout voir, tout lire, tout entendre…) ; c’est l’animation d’un réseau de rabatteurs d’idées (journalistes, éditeurs, lecteurs…) : c’est l’interaction de ces éléments qui fait jaillir l’étincelle de l’inconscient – l’idée, le concept, le projet,  l’aboutissement.

Bref, vous visitez ce blog régulièrement ou par hasard, vous connaissez un producteur, un diffuseur, un ami, une connaissance, suis dispo.

renegade3Dessaignes œuvre en Russie, pour la Croix-Rouge, dans le cadre d’un centre de désintox. C’est un idéaliste ; il a quarante ans ; c’est un paradoxe.

Sombre histoire de médicaments en bakchich, intervention du FSB, expulsion, licenciement, petits boulots de traduction en France… Dessaignes rencontre un russe, directeur d’une ONG écologiste, qui lui propose un nouveau départ : devenir traducteur agréé auprès des tribunaux du New-Jersey. Sa position assurée (après formation et concours), il devra servir d’expert certifié dans le cadre de la défense d’un « ami » de l’ONG en question (trafic de pétrole…) Entre temps, il rencontrera Denise, ex-junkie logeuse de son état, et Big Steeve et son Renegade Boxing Club… Nous apprendrons les subtilités de l’argot du goulag et des manipulations douanières ; de la gestion des clubs de boxe, et de la banlieue noire de Newark (NTY) ; et du métier de traducteur.

Certes, nous pourrions détailler l’intrigue, l’histoire : aucun intérêt cependant. Renegade Boxing Club de Thierry Marignac est plus qu’un pitch. Livre difficile à maîtriser, à cerner, étrange dans sa lecture, dans cette sensation, dans cette impression diffuse de désespoir que nous ressentons… Il ne s’y passe pas grand-chose, comme dans la vie d’ailleurs. Les événements et les rencontres se succèdent dans une logique nette, sans bavure. A l’os. L’histoire – le roman – n’est qu’un prétexte. Son écriture dépasse l’ambiance. Peut-être que Thierry Marignac « se réveille en colère et se couche furieux » (cf. cet article) Mais peut-être est-il tout simplement lucide. Non pas seulement – implacable. Il décrit un monde où le métier de traducteur est un métier dangereux – après le Chant de la mission de John Le Carré, idéalisme et don des langues seraient-ils antinomiques ? Un monde où rien ni personne ne peut concevoir d’être pur sans s’abandonner soit à la compromission, soit à la perte. C’est l’une ou l’autre.  Pas d’alternative. Un monde où la seule et unique vérité est dans ses propres poings, sur le ring. Avec constance et méthode.

Un monde où se qui est extérieur à un carré de cordes est dévoyé.

Poursuivre :

Cher François Busnel,

Cher François Busnel,

Je n’ai d’autres qualités que celui de spectateur assidu de votre émission La grande librairie (le jeudi soir, 20 h 35 France 5 – rediffusion le dimanche à 9 h 55 : j’ai cette chance de ne la regarder que sur le net, au bureau, le vendredi matin, le casque sur les oreilles… Parce que, bon, le jeudi soir, il y a Dexter sur Canal, et le dimanche matin, je ne suis pas disponible.)

Mais peu importe.

Comme le faisait remarquer Antoine Chainas sur son blog, le polar en France subit une « petite révolution qui n’a rien de copernicienne. » Et si « on pourra arguer que le monde continue de tourner et 90% des gens s’en foutent complètement. Mais ce n’est pas l’important : le roman noir est en train de se prendre un coup de pompe dans le train et, si le rythme est gardé, il va bien finir par le sentir passer, à force. »

Jugez plutôt.

En janvier est paru Renegade Boxing Club de Thierry Marignac (que j’ai commencé tout juste aujourd’hui – je le finirai sans doute demain…)

rengadeParaîtra début mars, Le serpent aux milles coupures de DOA ; en avril, Anaisthêsia d’Antoine Chainas… Sans parler des polars étrangers comme Rasta gang de Phlip Baker (alléchant : le prochain sur ma liste), L’hiver de Frankie Machine de Don Winslow (cf. ci-dessous) ou de La Religion de Tim Willock. (Qui a lu Bad City Blues ou Les rois écarlates, ne peut qu’attendre le nouveau Tim Willock avec impatience – ouvrage que le New-York Times a qualifié de « triomphe littéraire »  – en tout cas, d’après son éditeur, Sonatine). Et pourquoi, avec ces auteurs français, ne pas inviter des éditeurs tels que Sonatine ?

S’il est  appréciable d’écouter Philippe Djian ou Duong Thu Huong, vous gagneriez à élargir votre panel. Je reprends les termes de Thierry Marignac sur le post d’Antoine Chainas précédemment cité : « DOA et toi, et Williams […]  parlez du réel, et pas de votre nombril. C’est de ça qu’il s’agit. Rien d’autre. » Effectivement, c’est de cela dont il s’agit : parler du réel. De notre monde et de rien d’autre. Chloé Delaume niait, dans une de vos émissions, à la littérature la qualité de distraction : ici, nous y sommes. Le genre (polar) est un outil entre les mains d’auteurs à la vision perçante. Sincèrement, Philippe Labro ou Gilbert Sinoué ont-ils une vue plus acérée de notre monde que DOA, Caryl Ferey ou qu’Antoine Chainas ? (Quoique je n’ai rien ni contre Philippe Labro, ni contre Gilbert Sinoué ni même contre Marc Levy, d’ailleurs ; chacun vit sa vie.)

Canal Plus Cinéma diffusait ces jours-ci un documentaire sur le renouveau du polar au cinéma – ou plus exactement, des films de truands : Gangsters, le retour des truands au cinéma. Mais force est de constater qu’il faut, soit une trentaine d’années au cinéma pour s’emparer d’histoires un tant soit peu intéressantes (Mesrine, Spaggiari ou le Gang des postiches…), soit produire des films à la chaine de Luc Besson, type Go fast… (Voir et revoir la parodie de Mozinor Europa Corp,  la recette Besson). Nous sommes bien loin de ce « réel », et de cette « vision » aujourd’hui prégnante, pas seulement dans le polar, mais aussi dans une partie de littérature française.

Cher François Busnel, vous gagneriez à faire connaître ces auteurs, ces éditeurs, ce mouvement du réel. Vous avez la  chance et le talent ;  j’aimerai les entendre. Ce serait passionnant.

Bien à vous,

koba« Un mort c’est une tragédie, un million c’est une statistique. » Dans un premier mouvement, et bien qu’effroyable, nous nous résignons : Staline a raison. Mais rien n’est plus faux ; c’est erreur que d’acquiescer, que de se résigner, même inconsciemment et de gloser sur les ‘comment’ et les ‘pourquoi’ de notre saturation émotionnelle physiologique. Matin Amis termine son ouvrage par ces mots : « Bien entendu, la seconde partie de cet aphorisme est totalement fausse : un million de mort représentent à tout le moins un million de tragédie. » Et c’est bien la force de Koba, la terreur – nous faire toucher, sensibiliser notre cerveau, notre conscience à ces individualités. « Vingt millions » : c’est ainsi que les russes surnomment le règne de Staline. Non pas vingt millions, mais

« 1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1… »

Et nous sommes en dette envers eux. Non pas coupables, mais endettés : nous devons à ces victimes de nous souvenir, de comprendre, de les reconnaître comme unique, là où l’horreur a dilué leur visage et leur humanité, là leurs os mêmes se sont soudés les uns aux autres dans des charniers en forme de colline. Nous devons regarder dans les yeux, digne, ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces lâches et ces courageux, ces héros et ces gens simples de la Kolyma et de la Loubianka. Nous devons lire Alexandre Soljenitsyne et Varlam Chalamov. Et les historiens, et les essayistes. C’est une nécessité. Nous le devons. Pour eux, pour nous et pour nos enfants.

Le talent de Martin Amis est son empathie et sa dignité ; de s’inclure lui-même dans son essai, d’avoir trouvé dans le parcours de son père (un temps communiste) ou dans le décès de sa sœur tant aimé, la source à son écriture. Koba, la terreur n’est pas une synthèse (un milliers d’ouvrages lus) ni un agrégat de faits épars classés et triés. Ce n’est pas non plus un livre d’Histoire ni une réflexion sur le mal. Et sans doute faut-il avoir lu ces ouvrages avant de lire celui-ci.

Koba la terreur est un pont, un révélateur, un livre intime nécessaire dans sa jonction.