Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Son dernier ouvrage, L’endroit du décor, rassemble des chroniques écrites pour Philosophie Magazine… Chacune s’ordonne comme les briques d’une maison : 25 mots, autant d’entrées dans le réel. Étonnement, Solitude, Silence, Narcissisme… « Le réel est un secret que nul n’ignore, caché par nos simulacres, au premier rang desquels le voile sournois de la transparence. […] L’envers du décor n’est qu’un décor de plus, et les apparences sont, à ce titre, moins trompeuses que le sentiment d’être trompé par elles. »
Peut-être comme le relève le Nouvel Observateur, « l’auteur a un vrai sens de la formule. [Il] en abuse parfois, cherchant davantage le bon mot que la pensée juste. » Mais dans les différentes critiques (Le Monde, L’Express…), est-ce la seule réserve relevée.
Et donc ? Ben, pas grand chose.
Raphaël Enthoven explicite les évidences. Il a écrit un abécédaire. Attention : ce n’est pas un enfilage de perles et de lapalissades : revenir aux bases est souvent nécessaire. Rien de plus, rien de moins cependant. Avec talent, certes, mais un ensemble de dissertations ne révèle rien, sinon d’une pensée originale, du moins d’un point de vue subjectif. Peu de « choses profondes » ; de jolies écumes qui apparaissent devant tant de talents, inconsistantes, décevantes. Souvent, s’arrête-t-il au moment même où il devrait commencer : d’où une certaine frustration. A lire donc, quand on a 18 ans, le bac philo à la fin de l’année, et/ou quand la vie n’a pas eu encore d’impacts forts sur notre esprit.
Etrangement, le plus beau texte est le dernier du recueil. Simplicité. « L’essence de la philosophie est l’esprit de simplicité… toujours nous trouvons que la complication est superficielle, la construction un accessoire, la synthèse une apparence : philosopher est un acte simple. Plus nous nous pénétrons de cette vérité, plus nous inclinerons à faire sortir la philosophie de l’école et à la rapprocher de la vie. » Et comme un symptôme, ces mots de Bergson clos le volume : les évidences ne sont en rien le réel, elles le révèlent parfois, souvent, elles en indiquent la teneur, elles en sont les indices. Et Raphaël Enthoven confond indices et vérité.
Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Comme s’il n’a pas encore ‘souffert jusqu’au sang’, et que sa souffrance n’avait pas encore dépassée son corps, atteint sa conscience. Mais aujourd’hui, tout le talent, toute la jeunesse, toute la beauté entrave presque son éclosion.