
Dans La Grande Librairie, François Busnel demandait jeudi dernier à Charles Dantzig, pourquoi son Dictionnaire égoïste de la littérature française et, aujourd’hui, son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien étaient des succès alors que ses romans ne se vendaient pas… Ou, en d’autres termes, pourquoi, moi, lecteur j’ai acheté et aimé son Dictionnaire égoïste et aujourd’hui, son Encyclopédie capricieuse, alors que rien – mais alors, rien – ne m’attira dans son dernier roman, Je m’appelle François… Et si la question un brin vacharde, l’air de rien, entre deux mèches de cheveux au vent, méritait qu’être posée, la réponse a si peu d’importance… La question me marqua ; j’ai oublié la réponse que fit l’auteur…
Mais alors, que dire de ce livre jubilatoire ? Il est moins une série de listes de « tout et de rien » (c’est ainsi qu’on nous le présente) que des ébauches d’essais (celui sur Pascal est lumineux), de réflexions (celles sur le sexe sont… elles sont si vraies…) : un prétexte à écrire, à rassembler en un seul volume de très courts textes. Après les multiples débuts, brillants, drôles ou profonds, parfois les deux confondus, aussitôt nous pouvons avoir un petit goût de frustration (lire aussi la liste sur le mot, ‘petit’…). Comme si nous marquions au feutre rouge un « développé ! » rageur.
Charles Dantzig souhaite qu’on lise son livre par le début jusqu’à la fin, dans l’ordre – pour en suivre la construction : n’en faite rien. L’auteur, le compositeur ou l’artiste, est souvent de mauvais conseils pour ses propres œuvres (lire la scène entre Toscanini et Ravel dans Ravel de Jean Echenoz, le premier disant au second : « vous n’entendez rien à votre propre musique ! »). Non, ouvrez n’importe où, lisez quelques pages, commencez ailleurs selon les moments, les attentions, de votre vie : puis passez à autre chose, à d’autres livres… Et revenez : ce dictionnaire égoïste est pour vous seul, il n’est rien qu’à vous, c’est une respiration, un moment d’intelligence. Un sentiment se dégagera alors – vous ne le lirait jamais tout à fait, entièrement : il en restera toujours quelques choses à ressentir, à lire encore, un livre de chevet, de cartable ou de sac à dos, de vacances… Une vraie joie littéraire, à garder pour soi et à transmettre.
Merci du conseil! J’ai très envie de le lire du coup.
A voir aussi les interventions du duo Zemmour/Naulleau
http://uzulplanner.free.fr/index.php/2009/01/30/naulleau-vs-charles-dantzig/
On peut le prendre aussi comme çà – même si je suis plus sur la ligne de Laurent Ruquier ou de Jean-Pierre Coffe, qui ont aimé…
Dans cette vidéo, Dantzig reconnait qu’on peut le lire comme nous le voulons (ce que je conseille fortement), mais dans les “bonus” sur europe 1.fr, il parle de la composition de son livre, et qu’il serait mieux de le lire ainsi – c’est ce sur quoi je me suis basé dans mon post.
J’espère que tu ne seras pas déçu !