Graveur et poète, William Blake a illustré la Bible, la Divine Comédie, Shakespeare ou Milton – mais aussi, et surtout, ses propres œuvres. Bien inconsciemment, William Blake fait partie de ces artistes qui forge notre imaginaire. Armand Himy explique, analyse, décrypte, par un jeux de miroirs, poèmes et gravures, dans une lecture globale – l’image répondant, amplifiant, décuplant, le texte, et réciproquement.
“Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme dans se réalité première, infinie.” Blake voyait ce qu’il représentait ; il décrivait. Son “grand œuvre” offre le récit de “l’agencement spirituel” de l’Histoire, de ce qui est réellement advenue – et qui se répercute sur Terre dans une succession d’actes et de soubresauts absurdes à nos yeux. L’Histoire n’est alors que la conséquence d’une réalité spirituelle. Dans la lignée de L’Illiade ou du Paradis Perdu, ce sont des textes difficiles que le ‘professeur émérite de l’Université Paris-X’ éclairent dans leur enchainement.
Blake était-il un mystique ? James Joyce répond : “A mon avis Blake n’est pas un grand mystique. De par sa nature, Blake appartient à une catégorie, celle des artistes, et, selon moi, il y occupe une place singulière parce qu’en lui sont réunis l’acuité de l’intelligence et le sentiment mystique.” Et peut-être est-ce les limites de cette biographie – où les éléments de vie sont si peu nombreux… Armand Himy reste concentré sur l’œuvre de Blake sans l’ouvrir (ou si peu) à d’autres qui lui répondrait : textes et images se font face comme deux miroirs qui se renvoient leur image dans un cycle infinie et clos, restreint. Concentré sur son sujet, l’auteur n’ouvre pas les textes et les gravures de Blake . Le propos est dense, éclairant, mais fini sur lui-même. Nous aurions aimé, nous espérions une ouverture sur l’autre ; ce qui nous est refusé.
William Blake d’Armand Himy est une brillante analyse de textes et de gravures, la lecture explicative d’une œuvre ô combien complexe et dense. Mais là où nous voulions légitimement une pensée complète qui s’ouvre sur le monde, nous n’avons qu’une lecture universitaire qui manque le but du texte même qu’il éclaire. C’est comprenant, c’est intelligent – mais “ce mince rideau de chair sur la couche de nos désirs” n’est en rien déchiré.
Je me laisserai bien tenter même si je croule sous les livres. Néanmoins revenir aux fondamentaux ne peut que me faire du bien ! Merci pour l’idée.