“(Mais où est cette chose vers laquelle je suis parti il y a si longtemps ? Et pourquoi reste-elle introuvée?)” écrivait Walt Witheman. Ces mots résonnent dans mon esprit avec cette histoire racontée par Jean-Claude Carrière : “Un ermite chrétien (…) courait sans fin dans le sable et criait à tous les échos du désert : J’ai une réponse ! J’ai une réponse ! Qui a une question ?”
Quelle est la question ? Qu’est-ce qui manque ? Quel est ce sentiment d’incomplétude qui abîme, chaque geste, chaque pensée, qui révèle notre inconsistance, qui rappelle, comme un spot intermittent, la vanité de toute chose ? Quel est ce manque d’âme qui contraint à exister (de tous temps, trop de fois décrit, trop de fois pensée) à l’orée de nous-même – à l’infra de nous. La recherche est vaine, nous le savons, je le sais. Quel est pourtant cet espoir de percevoir un jour, « de le saluer de loin », ‘ce surplus d’être qui augmente la sensation de vie’ ?
Les livres sont un seul est même lieu de recherche, une immense encyclopédie babylonienne, une emphase inutile. Mais quelle est la question ? Quelle est la dynamique du réel ? Quelle place, quelle utilité ai-je dans ces lignes de force qui nous surpassent tous ? « À ceux qui m’aimeront, Et à ceux qui m’aimaient. Je veux être utile À vivre et á chanter » chantait Julien Clerc. Est-ce juste cela la réponse ? Dans une chanson populaire ? Ce serait épatant.
Pourtant, Henri Thoreau écrivait à son ami Harrison Blake : « Nous ne devrions pas perdre de vue que nos rêves constituent les faits les plus solides que nous connaissions. Mais je ne parle pas vraiment de rêves. (…) Pour ce qui vous tient le plus à cœur, ne comptez pas sur vos compagnons : sachez que vous êtes seul au monde. » La solitude est dans nos actes, dans leurs conséquences, interpénètre chaque pensées et actions, parce que « sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. ». Solitude et silence face à sa propre inutilité, dans sa propre intimité. Eclat et négation dans l’univers factice de la représentation tangible.
Ne peut-on inverser les angles ?
S’il y avait un sens, notons le X (la religion, le sexe, la science, ou autre).
Alors quel serait le sens de X ? Supposons qu’il y en ait un. Notons-le X1.
Alors quel serait le sens de X1 ? Supposons qu’il y en ait un. Notons-le X2.
Alors quel serait le sens de X2 ? Supposons qu’il y en ait un. Notons-le X3.
…
Heureusement qu’il n’y a pas de sens, non ? Quelle dictature alors !
Mais pourquoi en tirer une tristesse, une nostalgie ? Le chant du poète est-il plus beau s’il est triste ?
La joie, la joie ! Dans chaque chose, tristesse comprise, et vive la littérature.
S’agit-il moins de sens que d’osmose ? A moins que les deux sont une seul et même notion ?
Oui, une osmose dont la question du sens serait la membrane, perméable inversement à l’intensité du questionnement.
Oui.
BREVE HISTOIRE DU LEST ET DU PLOMB
A toujours vouloir du surplus
Les vagabonds oublient
Le royaume de l’ordinaire
Qui brille quand tombent
Les robes d’artifice
De la piste aux étoiles
Où de Monsieur Loyal en Auguste
Vont des ombres mortifères
Illuminés par les reflets
Mordorés de l’écume