« Travailler plus
Pour gagner plus
Pour s’angoisser plus
Pour stresser plus
Pour se suicider plus
Pour subir plus
Pour râler plus
Pour se placardiser plus
Pour se décerveler plus
Bref travailler plus
Pour vivre moins »
Cette petit litanie en quatrième de couverture du recueil de dessins de Dobriz exprime formidablement ce qu’il décrit tout au long de ses 72 planches : l’entreprise est là où la tyrannie de nos congénère s’exerce. Là, où nous sommes sucidés par les cours de la bourse qui se transforment en noeud coulant, déchiquetés par les crocodiles, les requins, les DRH, entravés (au sens torture moyenâgeuse)… Là aussi ou nous nous perdons dans d’insondables placards – autant de portes des abimes. Dobriz porte sur ces victimes dépassées un regard doux, compatissant – identique à celui de Sempé sur ses propres personnages. Mais il expose aussi des situations dramatiques avec la noirceur des Idées noires de Franquin. Un équilibre rare dans le trait.
“Il n’y a rien de personnel, c’est professionnel” : mais tout dépend de quel côté du flingue nous nous trouvons. L’entreprise a remplacé l’Église, elle est devenu dans la vulgate l’objectif commun, une idée qui nous transcende et nous transperce, qui exige sacrifices et motivations intimes – autres que celles de nous donner les moyens de notre subsistance dans le cadre d’un contrat raisonné. L’Entreprise est devenu un lieu de vie, le lieu de notre vie. Il n’est donc pas étonnant qu’elle devienne le réceptacle des déchainements de nos faiblesses, de nos petitesses, de l’Humain. L’Image supérieur de nous-même dans le Monde des Hommes.
C’est bref, c’est juste. C’est brut. C’est drôle. Parfois fascinant : qui ne reconnaitra pas patron, collègue, ou … soi-même ? La question reste posée : dans quelle mesure ne tenons-nous pas le flingue de nos certitudes ?

Belle image oh combien réaliste de notre société et dans laquelle je me retrouve totalement car j’en ai été la victime voila une quinzaine d’années. Non seulement j’ai été la victime de la hiérarchie et du DRH qui a appliqué les sacro-saints 10 commandements du chef mais également et surtout d’un syndicat qui a utilisé ses connaissances syndicales pour me tuer (proffessionnellement parlant).
Quant à l’autre syndicat il a préféré marchander avec le DRH sa non intervention contre la paix sociale pour certains de ses adhérents qui eux auraient largement mérité un licenciement sans aucune contre-partie.
Ce livre, j’aimerais l’acheter, où peut-on le trouver?
On peut le trouver dans toutes les Fnac ou Virgin. Je ne sais pas quelle est l’expérience de l’auteur, mais pour qui a connu les affres de l’entreprise (petite, grande, moyenne…), il résume très justement le monde d’aujourd’hui…