Dans la préface du présent ouvrage, Patrick Modiano évoque Simon Weil, « mais à la différence (…), Hélène Berr, écrit-il, est sensible au bonheur, aux matinées radieuses… ». La transcendance et le talent en moins, aussi. Il y a certes des moments, quelques instants, quelques phrases qui bouleversent, mais plus par le contexte et le sujet que par l’impact littéraire. Son journal, écrit d’abord pour elle-même (les premières cinquante pages sont assez pauvres…), devient un témoignage, une lettre intime à destination de son fiancé sur ce que c’est « qu’avoir 20 ans dans cette effroyable tourmente » : « J’ai un devoir à accomplir en écrivant car il faut que les autres sachent. » Elle cite Keats : « Rien ne devient réel avant qu’on en ait eu l’expérience. » L’homme n’apprend rien qu’il n’ait vécu dans sa chair. « L’excellence de l’art, c’est l’intensité » écrit le poète. « Je pense maintenant que le plus grand degré de perfection auquel l’humanité soit en mesure d’aspirer, c’est cette impartialité » écrit-elle également. Si Hélène Berr n’atteint jamais cette ‘intensité’ là, elle a pourtant acquis une ‘belle âme’. Elle a emporté « le secret des déportés ». Ce n’est pas un roman, une construction intellectuelle, mais un récit – le malheur nous impose, par pudeur, un déni de subjectivité. Hors cadre, à cause de la réalité du désespoir, l’acte artistique n’a aucune importance. Il est même indécent d’en tenir compte, d’y penser. Que nous aimions ou non son écriture, ce texte n’est pas à vocation littéraire : la littérature ne nous protège plus.
Journal d’Hélène Berr
25 mai 2008 par Michel
Au plaisir de retrouver ici et de te lire !
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