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Citation (44)

“Nous voyons la vérité lorsque nous dirigeons notre mental vers l’infini.”

Sâdhanâ, Rabindranâh Tagore

“Dans le vieux balancement entre la prudence, qui voudrait que l’on s’en tienne à l’indéfini (pour parler comme Descartes), c’est à dire que l’on envisage une borne qui puisse être repoussée sans cesse ; et l’audace, qui consiste à parler de l’infinité des étapes, comme si elle était effectivement réalisée, Cantor tirait les mathématiques du second côté.”

Mathématiques, in Histoires des sciences, coordonné par Georges Barthélemy, (éditions Ellipses)

Citation (43)

“Du bist ein held – Du bist, was zehnmal mehr ist, ein achter mensch!”

“Être dix fois plus qu’un héros : un homme véritable !”

Zacharias Werner, Les Fils de la Vallée

Source de la citation


HEC Paris

Pitoyable. Enfin, moi je dis çà je dis rien.

[ ]

Je me suis lancé il y a quelques mois dans un projet personnel, un acte totalement gratuit, gravir une montagne, faire un marathon, écrire un livre. Accepter, assumer une liberté de faire sans autres contraintes que la volonté personnelle de clore un chapitre trop longtemps ouvert. Il n’y avait pas d’alternative, pas de choix, pas de présupposé axial. Une nécessite qui m’était imposée.

Bref, j’écris. Un roman. C’est comme un gros mot, comme faire de la pâte à sel. Un tabou, presque.

Et je lis et je recherche dans le cadre de ce travail précis et ordonnancé. Mais je dois reconnaître que je ne pensais pas à la fois y travailler si dur, et si lentement. Avec découragement, fatigue et renoncement aussi. Pour au final pas grand-chose (quelques pages tout au plus, même pas éditables). Je n’ai nullement le sentiment d’avoir à atteindre un but, une chimère de contentement personnel, mais simplement d’acquérir quelque chose au fur et à mesure qui restera ; avancer malgré tout. La vanité en toute chose (ce pas ‘grand-chose’) est par trop connu ; mais il faut l’assumer pour continuer à vivre. J’ai entendu cette phrase dans un film récemment (je ne me souviens plus lequel) : «  le secret, c’est de continuer à respirer. » Je crois que j’avais oublié pendant des années de respirer. Accepter notre vanité  et notre inutilité est difficile.

« Quand je veux connaître un sujet, j’écris un livre » est un adage que je ressens fortement. Ma vie change en ce que j’acquiers consciemment, méthodiquement et non plus de façon aléatoire. J’arrive tout juste à savoir où je veux aller, et sous quelle forme et sous quelle latitude. Des mois de notes pour une évidence : ça aussi c’est un résumé de ma vie. « C’est juste une illusion » : chaque étape, chaque recherche emporte des mondes incroyables.

Cet avoir n’est pas un savoir, une culture mais un changement intrinsèque qu’il convient de clarifier, d’éclaircir. Un acte de résilience peut-être. Mais pas seulement. Un accès au monde des hommes simplement.

J’aime beaucoup cette phrase « tout est dans tout et réciproquement. » Et si l’intelligence est de voir dans ce qui est semblable les différences, et dans ce qui est différent, ce qui est semblable, alors je n’aurai pas perdu mon temps.

La vie d’écriture de Pascal Quignard est un exemple. A défaut d’avoir son talent, son acuité, peut-être pourrais-je accéder à sa liberté, à sa libération… (Voir cette vidéo (chez Médiapart : mais je crois qu’elle est visible par tous) et son intervention dans La Grande Librairie.)

97822136360093Parfois, comprendre ce qu’on lit n’est pas le plus important : c’est peut-être ce qui reste en nous, ce sentiment d’avoir atteint une cime, face à soi, sans les autres. Avoir appris, aussi.

De son titre complet : La neuroénergétique : de la synapse à l’image, est la transcription de la leçon inaugurable que Pierre Magistretti donna le 14 février 2008 au Collège de France.

Comment les neurones reçoivent-ils l’énergie nécessaire à leur activité ?” Mais, surtout, comment “l’ignorance et l’erreur ont parfois joué un rôle positif” dans l’histoire mouvementée de ces découvertes. Passionnant, foisonnant : parfois, souvent, et même si la lecture est simple, le propos limpide, on y comprend rien : mais alors rien du tout. Et qu’importe, si lire le “savoir en train de se faire” nous impose cet effort, puisque petit à petit, nous levons un coin du voile… Nous pouvons. “Si on tient compte du fait que le cerveau contient environ 100 milliards de neurones, et que chaque neurone reçoit environ 10 000 contacts synaptiques, on arrive au chiffre impressionnant de 1015 synapses, soit un milliard de millions !” : le cosmos nous appartient.

Chère Florence,

… difficile de réponse… La question est : pour qui, sur quels critères personnels, pour quels investissements intimes ? Si nous parlons de livres qui transcendent le temps, pour moi, en voici quelques uns, pêle-mêle (encore disponible… ) :

  • L’enchanteur de René Barjavel,
  • Romanzo Criminale de Giancarlo de Cataldo,
  • L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar (lire aussi Feux)
  • Toute l’œuvre de J.L Borges (particulièrement Fictions, l’Aleph, Discussions, Histoires de l’éternité et Autres inquisitions)
  • Toute l’œuvre de Raymond Carver
  • La pesanteur et la grâce de Simone Weil
  • Trinités de Nick Tosches
  • Talleyrand d’André Castelot
  • Mazarin de Simone Bertière
  • Richelieu de Philipe Erlanger
  • La route de Corman Mc Carthy
  • La passion selon Juette de Clara Dupont-Monod
  • Le nouvel inconscient de Lionel Naccache
  • Monk de Laurent De Wilde
  • Tout Corto Maltese d’Hugo Pratt

Si nous parlons de livres récemment parus, je citerais :

  • Pensées pour le nouveau siècle, ouvrage collectif sous la direction de Allocha Wald Lasowski
  • La reconquête russe de Laure Mandeville
  • Que pense la Chine ? de Mark Léonard
  • La bataille de Moscou de Andrew Nagorski
  • La crise de Paul Jorion
  • Courir de Jean Echenoz

Mais peut-être pourrais-tu te pencher sur ce livre (que je n’ai découvert que la semaine dernière, par hasard…) : Gödel Escher Bach de Douglas Hofstadter.

Voilà quelques ouvrages, comme ça en passant : il y a aussi les deux livres de Peter Buskind (Le nouvel Hollywood et Sexe, mensonge et Hollywood), la biographie de John Ford de Joseph McBride… Ou encore, La Fabrication du Consentement de Noam Chomsky et Edward Erman (qui vient tout juste de ressortir dans une traduction renouvellée) ; les ouvrage de Jarded Diamond (De l’inégalité parmi les société et Effondrement)… En ce monent, l’éditeur d’art Taschen fait également des promotions…

Et, en visitant leur site, je viens juste de découvrir le livre de photographies, The Godfather Family Album… (et qui n’est pas vraiment en promotion…)

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Mais pour ce qui est de conseiller un livre, j’évite de plus en plus : j’essaie tout juste de proposer des pistes, des brides. J’espère que tu trouveras ton bonheur dans cette diversité.

Citations (19)

“... les caractéristiques essentielles de l’intelligence sont certainement les capacités :

  • de réagir avec souplesse aux situations qui se présentent ;
  • de tirer profit de circonstances fortuites ;
  • de discerner le sens de messages ambigus ou contradictoires ;
  • de juger de l’importance relative de différents éléments d’une situation ;
  • de trouver des similitudes entre des situations malgré les différences qui peuvent les séparer ;
  • d’établir des distinctions entre des situations malgré les similitudes qui les rapprochent ;
  • de synthétiser de nouveaux concepts à partir d’anciens concepts assemblés différemment ;
  • de trouver des idées nouvelles.”

Douglas Hofstadter, in Gödel Escher Bach

Citations (20)

Si baiser n’était pas la chose la plus importante de la vie, la Genèse ne commencerait pas par là”

Cesare Pavese, in Le métier de vivre

ent« Travailler plus
Pour gagner plus
Pour s’angoisser plus
Pour stresser plus
Pour se suicider plus
Pour subir plus
Pour râler plus
Pour se placardiser plus
Pour se décerveler plus

Bref travailler plus
Pour vivre moins »

Cette petit litanie en quatrième de couverture du recueil de dessins de Dobriz exprime formidablement ce qu’il décrit tout au long de ses 72 planches : l’entreprise est là où la tyrannie de nos congénère s’exerce. Là, où nous sommes sucidés par les cours de la bourse qui se transforment en noeud coulant, déchiquetés par les crocodiles, les requins, les DRH, entravés (au sens torture moyenâgeuse)… Là aussi ou nous nous perdons dans d’insondables placards – autant de portes des abimes. Dobriz porte sur ces victimes dépassées un regard doux, compatissant – identique à celui de Sempé sur ses propres personnages. Mais il expose aussi des situations dramatiques avec la noirceur des Idées noires de Franquin. Un équilibre rare dans le trait.

placard

“Il n’y a rien de personnel, c’est professionnel” : mais tout dépend de quel côté du flingue nous nous trouvons. L’entreprise a remplacé l’Église, elle est devenu dans la vulgate l’objectif commun, une idée qui nous transcende et nous transperce, qui exige sacrifices et motivations intimes – autres que celles de nous donner les moyens de notre subsistance dans le cadre d’un contrat raisonné. L’Entreprise est devenu un lieu de vie, le lieu de notre vie. Il n’est donc pas étonnant qu’elle devienne le réceptacle des déchainements de nos faiblesses, de nos petitesses, de l’Humain. L’Image supérieur de nous-même dans le Monde des Hommes.

C’est bref, c’est juste. C’est brut. C’est drôle. Parfois fascinant : qui ne reconnaitra pas patron, collègue, ou … soi-même ? La question reste posée : dans quelle mesure ne tenons-nous pas le flingue de nos certitudes ?

L’inversion des angles

“(Mais où est cette chose vers laquelle je suis parti il y a si longtemps ? Et pourquoi reste-elle introuvée?)” écrivait Walt Witheman. Ces mots résonnent dans mon esprit avec cette histoire racontée par Jean-Claude Carrière : “Un ermite chrétien (…) courait sans fin dans le sable et criait à tous les échos du désert : J’ai une réponse ! J’ai une réponse ! Qui a une question ?”

Quelle est la question ? Qu’est-ce qui manque ? Quel est ce sentiment d’incomplétude qui abîme, chaque geste, chaque pensée, qui révèle notre inconsistance, qui rappelle, comme un spot intermittent, la vanité de toute chose ? Quel est ce manque d’âme qui contraint à exister (de tous temps, trop de fois décrit, trop de fois pensée) à l’orée de nous-même – à l’infra de nous. La recherche est vaine, nous le savons, je le sais. Quel est pourtant cet espoir de percevoir un jour, « de le saluer de loin », ‘ce surplus d’être qui augmente la sensation de vie’ ?

Les livres sont un seul est même lieu de recherche, une immense encyclopédie babylonienne, une emphase inutile. Mais quelle est la question ? Quelle est la dynamique du réel ? Quelle place, quelle utilité  ai-je dans ces lignes de force qui nous surpassent tous ? « À ceux qui m’aimeront, Et à ceux qui m’aimaient. Je veux être utile À vivre et á chanter » chantait Julien Clerc. Est-ce juste cela la réponse ? Dans une chanson populaire ? Ce serait épatant.

Pourtant, Henri Thoreau écrivait à son ami Harrison Blake : « Nous ne devrions pas perdre de vue que nos rêves constituent les faits les plus solides que nous connaissions. Mais je ne parle pas vraiment de rêves. (…) Pour ce qui vous tient le plus à cœur, ne comptez pas sur vos compagnons : sachez que vous êtes seul au monde. » La solitude est dans nos actes, dans leurs conséquences, interpénètre chaque pensées et actions, parce que « sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. ». Solitude et silence face à sa propre inutilité, dans sa propre intimité. Eclat et négation dans l’univers factice de la représentation tangible.

Ne peut-on inverser les angles ?

Citation (21)

« Le peuple est un troupeau égaré, bien trop émotif, incapable de s’occuper de ses propres affaires, et qui doit être encadré, contrôlé et conduit par une avant-garde, une élite de décideurs éclairés. Les gens doivent être détournés vers des buts inoffensifs. Il faut les noyer, les assommer sous une masse d’informations qui ne leur laisse pas le temps de réfléchir. Il faut les persuader qu’ils sont incapables de provoquer des changements, il faut les convaincre que la révolte entraîne toujours le pire, il faut les faire voter de temps à autre, leur donner l’illusion de décider, l’illusion nécessaire. »

Walter Lippmann

Ailleurs de Julia Leigh

ailleursUne grille immense, un ciel gris cendre, quelques arbres, une forêt plus loin, une propriété – un lac, peut-être. L’hiver.

Une jeune femme debout, le bras en écharpe, deux jeunes enfants à ses côtés – une porte qui grince, cachée, retrouvée sous la végétation, rouillée, abandonnée. Des jardiniers qui les regardent impassibles, une allée de graviers, l’entrée, vaste, des escaliers : sa mère, tout en haut.

Douze ans et un monde après. Ailleurs - la femme rentre chez elle.

Elle y retrouvera son frère et sa femme. Et le drame. A la fin, le courage.

Par petites touches, en une centaine de pages limpides, Judith Leigh nous parle du retour après la fuite. De ces moments, de ces absences, de ces blessures, des mensonges qui forgent nos vies, notre vie d’adulte. Les drames pour syncrétiser nos intimités de lecteurs. Ailleurs est un livre étrange par l’empreinte qu’il nous laisse… Un silence. Ailleurs est un livre qui donne le silence.

« Julia Leigh est une magicienne. Sa prose adroite diffuse une impression de contrôle serein tandis que la terre tremble sous nos pieds. » (Toni Morrison) “Ailleurs est un roman puissant et troublant. » (J.-M. Coetzee) : deux citations pour rejoindre la femme derrière la grille…

Citation (22)

“Quand au reste de la vie, c’est une complète énigme.”

Richard Brautigan

Altérité

L’altérité se défini comme le “caractère de ce qui est autre, différent.” Et c’est un beau mot.

Roland Barthes faisait remarqué qu’à Tokyo les rues n’ont pas de nom – il existe bien une adresse postale … mais elle n’est connu que du facteur. “Cette oblitération domicilaire paraît incommode à ceux (comme nous) qui ont été habitués à décréter que le plus pratique est toujours rationnel (…) Tokyo nous redit que le rationnel n’est qu’un système parmi d’autres.” (Extrait du receuil Le goût de Tokyo, édité au Mercure de France). C’est une réflexion que j’aime, et qui nous entraîne bien plus loin que la simple anecdote. S’ancrer dans ce que nous sommes,  et ne jamais penser que  nous habitons une vérité intemporelle et certaine applicable à tous. La difficulté est de ne pas refuter ce que l’on est (au contraire même, sinon nous ressemblons à un bateau naviguant au gré des vents) tout en s’ouvrant à l’altérité. C’est un effort intellectuel conséquent, contraire aux penchants naturels de notre inconscient – en tout cas pour moi. Comprendre, apprendre, se disperser pour s’unir en soi et au monde.

William Blake d’Armand Himy

blakeGraveur et poète, William Blake a illustré la Bible, la Divine Comédie, Shakespeare ou Milton – mais aussi, et surtout, ses propres œuvres. Bien inconsciemment, William Blake fait partie de ces artistes qui forge notre imaginaire. Armand Himy explique, analyse, décrypte, par un jeux de miroirs, poèmes et gravures,  dans une lecture globale – l’image répondant, amplifiant, décuplant, le texte, et réciproquement.

Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme dans se réalité première, infinie.” Blake voyait ce qu’il représentait ; il décrivait. Son “grand œuvre” offre le récit de “l’agencement spirituel” de l’Histoire, de ce qui est réellement advenue – et qui se répercute sur Terre dans une succession d’actes et de soubresauts absurdes à nos yeux. L’Histoire n’est alors que la conséquence d’une réalité spirituelle. Dans la lignée de L’Illiade ou du Paradis Perdu, ce sont des textes difficiles que le ‘professeur émérite de l’Université Paris-X’ éclairent dans leur enchainement.

Blake était-il un mystique ? James Joyce répond : “A mon avis Blake n’est pas un grand mystique. De par sa nature, Blake appartient à une catégorie, celle des artistes, et, selon moi, il y occupe une place singulière parce qu’en lui sont réunis l’acuité de l’intelligence et le sentiment mystique.” Et peut-être est-ce les limites de cette biographie – où les éléments de vie sont si peu nombreux… Armand Himy reste concentré sur l’œuvre de Blake sans l’ouvrir (ou si peu) à d’autres qui lui répondrait : textes et images se font face comme deux miroirs qui se renvoient leur image dans un cycle infinie et clos, restreint. Concentré sur son sujet, l’auteur n’ouvre pas les textes et les gravures de Blake . Le propos est dense, éclairant, mais fini sur lui-même. Nous aurions aimé, nous espérions une ouverture sur l’autre ; ce  qui nous est refusé.

William Blake d’Armand Himy est une brillante analyse de textes et de gravures, la lecture explicative d’une œuvre ô combien complexe et dense.  Mais là où nous voulions légitimement une pensée complète qui s’ouvre sur le monde, nous n’avons qu’une lecture universitaire qui manque le but du texte même qu’il éclaire. C’est comprenant,  c’est intelligent – mais “ce mince rideau de chair sur la couche de nos désirs” n’est en rien déchiré.

Livres 2008

Je sacrifie aussi à l’édification d’un classement tout personnel des livres 2008 (dix ouvrages parus uniquement et exclusivement durant cette année).

Mon livre de l’année 2008 est :

route

Vient ensuite, pèle-mêle, sans distinction ni hiérarchie…  Que chacun de ces auteurs  soit remercié d’écrire et de  (m’avoir) donner ces livres : ce tout petit post n’est que le geste d’un lecteur reconnaissant…

  • Zulu de Caryl Ferey
  • Versus d’Antoine Chainas
  • Courir de Jean Echenoz
  • Le Seigneur de Bombay de Vikram Chandra
  • Le tueur sur le canapé jaune de Bernard Lempert
  • Que pense la Chine ? de Mark Leonard
  • L’homme qui tombe de Don DeLillo
  • La bataille de Moscou d’Andrew Nagorski

Une mention particulière cependant pour la biographie de Louis XIII de Jean-Christian Petitfils…

Citation (23)

“En comparaison, mes joies sont folie,
Rien n’est plus doux que la mélancolie.”

Robert Burton, Abrégé de la mélancolie, par l’auteur -
Anatomie de la Mélancolie

danielJe suis en train de lire Daniel Stein, interprète de la romancière russe Ludmila Oulitskaïa. Je voudrais parler de la forme du livre – de son édition et non du texte ou de l’histoire. Je reprends l’introduction de l’article du Monde en lien pour établir les faits :

Imaginez-vous enfermé dans une pièce remplie de vieux papiers dont vous ignorez la provenance. Imaginez-vous, ensuite, furetant au hasard dans ces liasses de documents jaunis que rien ne semble, à première vue, rapprocher. Imaginez que vous avez sous les yeux le journal intime tenu par un chirurgien de Boston de 1959 à 1983, des rapports d’enquête rédigés par le KGB sous Brejnev, le cours d’un grand savant israélien sur saint Paul et la correspondance d’une rescapée de la Shoah persécutée par une mère atrabilaire, trompée par un mari qu’elle ne se résout pas à quitter et désespérée à l’idée d’avoir un fils homosexuel. Sans oublier, au milieu de tout cela, des dizaines de coupures de presse, un certificat de baptême et même quelques brochures touristiques… Cet étrange bric-à-brac existe. C’est le dernier livre de Ludmila Oulitskaïa. Un objet littéraire difficilement identifiable qui s’apparente moins à un roman qu’à un troublant collage où tout est fait pour brouiller la frontière entre la fiction et l’histoire.”

En Pologne, les films étrangers n’étaient pas doublés à proprement dits ; une voix (et une seule), monotone, monochrome, recouvrait celles des comédiens anglais, français, italiens, des hommes et des femmes, des héros et des personnages secondaires… L’inadéquation de la forme au fond (me) pose problème : cet amoncellement de documents, ce puzzle n’existe pas physiquement sous nos yeux – ils ne sont pas reproduits, ils apparaissent justes recopiés – comme si les voix étaient recouvertes d’un doublage en surimpression. La diversité est annihilée ; la réalité, dissonante : même typographie pour un télégramme que pour la reproduction de cassettes, que pour un guide touristique… Des sources si diverses deviennent uniformes, altérant notre sentiment de réalité du texte même.

A titre de comparaison, je me souviens de quelques planches de The Watchmen – je cite Wikipédia : “l’album est entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l’univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l’un des personnages, ces documents ne servent pas directement l’intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur à l’univers des Watchmen.” Mais ces pages existent physiquement, cette réalité autre est présente sous nos yeux – nous la voyons. Autre exemple : Wharhol Spirit de Cécile Guilbert : le travail graphique, les couleurs, le papier créent une parfaite osmose entre l’objet livre et l’immatériel. Le texte est élevé par le forme – le tout, en cohérence, divulgue un monde en soi.

Lisez l’article du Monde en lien – il est tout à fait juste ; je ne pourrais mieux écrire sur le sujet. Mais Madame la romancière et Monsieur l’éditeur, pourquoi n’êtes vous pas allés dans la complète logique de cet ‘objet littéraire non identifié’ ? Cela manque. Cela manque… terriblement.

Exposition Gerhard Richter

Un des plus grands souvenirs artitiques de ma vie (avec la découverte de la National Gallery , Pierre Soulage…) fut l’exposition au Carré d’Art de Nîmes de Gerhard Richter. Il y quelques années déjà…

Exposant à nouveau en Allemagne, j’en profite pour vous le faire partager…

Suite au post sur le livre de Ludmila Oulitskaïa, je rebondis sur cette réponse de Benedikt Taschen dans son interview de L’Express de cette semaine :

“De la littérature chez Taschen?!
Nous allons publier
The Race to the Moon: Apollo 11, l’un de ses textes sur la conquête spatiale, illustré par le photographe de Life Ralph Morse. L’idée de cette nouvelle collection est d’associer un classique littéraire et un grand photographe. De la littérature en format XXL…”

Voilà l’idée, voilà le manque – Daniel Stein , interprète est le roman idoine pour ce type d’édition – plus qu’une illustration, une mise en scène du texte même, une création originale, complémentaire et complète : un monde.

jazz1Joaquim Paulo et Julius Wiedemann ont assemblé dans Jazz covers, publié aux éditions Taschen, pour notre plus grand plaisir, plus de 600 pochettes de disques de Jazz, des années 1960 aux années 1990… Certes, parfois nous pouvons regretter que tel ou tel album n’est pas été intégré (In the Silent Way de Miles Davis ou Headhunters de Herbie Hancock…), ou que pour celle-ci, la reproduction ne soit pas pleine page – mais peu importe, nous avons tous des affinités différentes…

Et si l’appareil critique est succinct, c’est une belle idée – la photo et le graphisme sont autant de plongés dans des univers, des périodes – des moments de découverte d’objet parfois difficilement identifiables… Ou tout simplement, le format LP permet la beauté passée inaperçue  d’exploser à nos yeux- comme cette photographie de John Coltrane pour Ascension

album-7979

Jazz covers est un livre délicat pour amoureux du Jazz, de la photographie, ou du graphisme – un ouvrage qui donne envie de partir aux découvertes accessibles…

Vous pouvez le feuilleter sur le site des éditions Taschen…

Citation (24)

“A sept heures vingt, en ce matin brumeux du 19 novembre [1942], les 3 500 canons du secteur nord ouvrirent le feu. Tels d’énormes coups de tonnerre, on entendit le bruit terrifiant des armes à plus de cinquante kilomètres de là. Les Soviétiques lançaient un million d’hommes, 13 541 canons, 1 400 chars et 1 115 avions à l’assaut des forces de Hitler.”

Simon Sebag Montefiore, in Staline, la cour du tsar rouge – à propos de la bataille de Stalingrad.

Mad men

Je n’ai pas ressentie un tel sentiment de je-ne-sais-quoi depuis Les Soprano.

Citation (25)

“Le temps commence avec l’esprit, et l’espace aussi est dans l’esprit. Or, la causalité ne saurait subsister sans le temps, car sans l’idée de succession, il ne peut y avoir aucune idée de causalité. Le temps, l’espace et la causalité sont par conséquent dans l’esprit…”

“…l’esprit est borné, il ne peut pas dépasser certaines limites : le temps, l’espace et la causalité. De même que nul homme ne peut sauter hors de soi-même, de même nul homme ne peut aller au-delà des limites qui lui ont été fixées par les lois du temps et de l’espace.”

Swâmi Vivekânanda in Jnâna Yoga

Citation (26)

“Au fait, qu’est-ce que cette création littéraire ?  [...] c’est l’ambition sans limite de l’élucidation, qui rapproche les arts des sciences dans une enquête infinie, encyclopédique, sur l’être et les choses, et qui se renouvelle et invente de par son principe même. C’est encore le savoir-faire, c’est-à-dire exprimer tout cela avec un lexique, une invention langagière, un art propre de la composition ou syntaxe musicale, ce qui s’appelle l’écriture. C’est enfin le sens de l’action, ou du récit tendu, gorgé d’événements significatifs. Avec, chaque fois que c’est possible, cette distance de l’humour qui n’est rien d’autre que la forme la plus délectable de la distance critique.”

Michel Rio, in Le Monde daté du 16/01/2009

ein“On peut apprécier la musique sans connaître la partition” : c’est par cette injonction que Palle Yourgrau nous encourage à poursuivre la démonstration du théorème d’incomplétude de Kurt Gödel – “apprécier le théorème de Gödel est votre droit le plus strict. Ne laissez personne, y compris les puristes des mathématique, vous privez de ce droit.”

Mais le sous-titre français (Quand deux génies refont le monde) est bien loin de refléter la complexité et la profondeur du propos. A World Without Time – le titre anglais est plus explicite. Parce qu’il s’agit bien de la réponse du “plus grand logicien depuis Aristote” à la question de la nature même du temps.

Je ne pourrai retranscrire à la fois la complexité et l’évidence du propos, de la démonstration – je ne saurai formuler “la partition”. Voilà la réponse : un monde sans temps – ou plus exactement, “l’essence [du temps] est que seul le présent existe réellement [ ; ] la réalité consiste en une ‘infinité’ de strates de ‘maintenant’ qui entrent en scène les unes après les autres.” Et Palle Yourgeau de conclure à la suite de Gödel : “un temps relatif ou statique n’est pas un temps.” Le temps (intrinsèque, ontologique – le temps métaphysique) n’existe pas.

Pierre Cassou-Noguès dans son ouvrage (formidable) Les démons de Gödel explicite ainsi la démonstration de Gödel : “L’univers  n’est donc pas en devenir. Les choses ne passent pas. Elles sont ou ne sont pas. L’univers en lui-même ne connait pas le temps. Le temps n’est qu’une certaine façon que nous avons de mettre en ordre les choses de l’univers, qui, en lui-même n’est pas temporel.” Le temps est sensoriel – codemon-godelmme le touché ou la vue ; c’est une sensation, une faculté (“il faut donc dissocier [...] l’expérience du temps et sa réalité”) qui nous permet la conscience intime, interne, en notre esprit, du déroulement des choses  (qui lui existe, à moins de renier la réalité sensible, ce qui est un autre débat), et  notre  apprentissage : la sensation temporelle révèle ce que nous sommes et ce qui est autour de nous. Et Pierre Cassou-Noguès de citer Gödel :

” Si le but de l’existence temporelle consiste à mettre en lumière les qualités morales de chaque être (et, en fait, avec la plus grande précision), alors il en est comme de l’approximation d’un point irrationnel par un développement dyadique. [...] La mort est l’instant où se manifeste le caractère exact.”

A lire en parallèle, cette citation (cf. ci-avant) de Swâmi Vivekânanda dans le Jnâna Yoga : “Le temps commence avec l’esprit, et l’espace aussi est dans l’esprit. Or, la causalité ne saurait subsister sans le temps, car sans l’idée de succession, il ne peut y avoir aucune idée de causalité. Le temps, l’espace et la causalité sont par conséquent dans l’esprit…”

Le temps n’existe pas en lui-même – c’est un sens, à l’image du touché, de la vue ou l’ouie… Un sens métaphysique.

(Je ne sais si tout cela est vrai, comme la Terre tourne autour du soleil, et que la lune tourne autour de la Terre : mais je me suis endormie en joie. Je me répétais : “le temps n’existe pas, le temps n’existe pas…”, et cette évidence rassura mon esprit, et pour une rare fois, je m’endormie serein.)

Citation (27)

« Même l’attitude vitale de l’espèce (c’est-à-dire la façon dont s’expriment les activités de l’être vital dans l’homme : passions, sentiments, désirs, appétits, etc.) est en train de changer sous les tensions de la vie moderne. L’homme a cessé d’être un animal principalement physique et devient davantage un animal économique. [...] L’âme humaine peut s’attarder quelque temps à un âge commercial avec son idéal vulgaire et barbare de succès, de satisfaction vitale, de productivité et de possession, afin d’en tirer certains gains et certaines expériences, mais elle ne peut pas s’y reposer d’une façon permanente. S’il persistait trop longtemps, la vie serait étouffée et périrait de sa propre pléthore, ou elle éclaterait sous la tension de sa grossière expansion. Semblable au Titan trop massif, elle s’écroulerait sous sa propre masse : mole ruet sua. »

Sri Aurobindo in Le Cycle Humain

chroVoilà un livre, en ces temps troublés par les crises de toutes sortes – nous pensions le monde chaotique, absurde et il nous apparaît chaque jour davantage : peut-être que la douleur de l’Homme est comme l’univers, sans cesse en expansion – bref, la Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier écrit par Patrick Rambaud est un livre salutaire, une nécessité. C’est une catharsis ; il libère nos refoulements, vous savez, ceux qui appuient là, au niveau de la cage thoracique, des poumons, cette oppression que lors ressent lors de grand stress ou de grande lucidité. Une thérapie par le rire en quelque sorte.

Par la grâce de son écriture Grand Siècle, par le simple contraste (au sens photographique premier), l’auteur révèle le décalage existant entre « Notre Pétulante Majesté » et la Nature de sa fonction – et tout cas, entre celle qu’on imagine, faite d’Histoire et d’Engagements, et sa Nature même telle qu’elle se révèle par ses actes… (Il faudrait un jour, à la toute fin de ces chroniques, faire une compilation, un addenda des noms et surnoms réjouissants créés ainsi…) Nous pensions que l’olympe du pouvoir était dévolu à l’homme, ou la  femme, qui avait cette folie quasi-divine de nous faire partager une ambition humaine, une Vision (Yes We Can…).Que nenni, que nenni : Patrick Rambaud démonte (démontre) jusqu’à l’absurde la saturation des ondes opérée – de la venue de Mouammar le Cruel à la Visite Anglaise (« Qui est ce petit homme a coté de la Comtesse Bruni ?» s’interrogeaient les journaux de la perfide Albion) en passant à ces incroyables pages de drôlerie nous racontant par le menu la rencontre entre « Notre Piaffant  Divorcé » et la furure Madame (lisez dans une librairie que les pages 27 à 29 : du pur bonheur…).

Mais, à la vérité, Patrick Rambaud nous dit par ces chroniques que sous Nicolas Ier, l’anecdote a remplacé l’Histoire, que ‘le bruit et la fureur’ ne sont que Larsen, et que ces gesticulations sont autant de tentatives désespérées de nous faire oublier « qu’au terme de la première année du règne de Nicolas Ier [...] on ne croyait plus que le pouvoir donnât du pouvoir. »

Rions donc, un peu, et poursuivons notre vie indifféremment à toute cette écume…

Extrait paru dans le Nouvel Obs : ici ;

Et interview de Patrick Rambaud, ici.

Citation (28)

“Nous, en Amérique, on ne résout pas les problèmes, on les écrase.”

Un général américain en 1993, au général Briquemont, en plein siège de Sarajevo – citée par Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie, dans leur ouvrage Les guerres bâtardes, édition Tempus.

Un pur bonheur.

ego2

Dans La Grande Librairie, François Busnel demandait jeudi dernier à Charles Dantzig, pourquoi son Dictionnaire égoïste de la littérature française et, aujourd’hui, son Encyclopédie capricieuse du tout et du rien étaient des succès alors que ses romans ne se vendaient pas… Ou, en d’autres termes, pourquoi, moi, lecteur j’ai acheté et aimé son Dictionnaire égoïste et aujourd’hui, son Encyclopédie capricieuse, alors que rien – mais alors, rien – ne m’attira dans son dernier roman, Je m’appelle François… Et si la question un brin vacharde, l’air de rien, entre deux mèches de cheveux au vent, méritait qu’être posée, la réponse a si peu d’importance… La question me marqua ; j’ai oublié la réponse que fit l’auteur…

Mais alors, que dire de ce livre jubilatoire ? Il est moins une série de listes de « tout et de rien » (c’est ainsi qu’on nous le présente) que des ébauches d’essais (celui sur Pascal est lumineux), de réflexions (celles sur le sexe sont… elles sont si vraies…) : un prétexte à écrire, à rassembler en un seul volume de très courts textes. Après les multiples débuts, brillants, drôles ou profonds, parfois les deux confondus, aussitôt  nous pouvons avoir un petit goût de frustration (lire aussi la liste sur le mot, ‘petit’…). Comme si nous marquions au feutre rouge un « développé ! » rageur.

Charles Dantzig souhaite qu’on lise son livre par le début jusqu’à la fin, dans l’ordre – pour en suivre la construction : n’en faite rien. L’auteur, le compositeur ou l’artiste, est souvent de mauvais conseils pour ses propres œuvres (lire la scène entre Toscanini et Ravel dans Ravel de Jean Echenoz, le premier disant au second : « vous n’entendez rien à votre propre musique ! »). Non, ouvrez n’importe où, lisez quelques pages, commencez ailleurs selon les moments, les attentions, de votre vie : puis passez à autre chose, à d’autres livres… Et revenez : ce dictionnaire égoïste est pour vous seul, il n’est rien qu’à vous, c’est une respiration, un moment d’intelligence. Un sentiment se dégagera alors  – vous ne le lirait jamais tout à fait, entièrement : il en restera toujours quelques choses à ressentir, à lire encore, un livre de chevet, de cartable ou de sac à dos, de vacances… Une vraie joie littéraire, à garder pour soi et à transmettre.

Cohérence

Parfois, souvent, les personnes qui me croisent un peu, ou même celles qui me connaissent plutôt pas mal, pensent que je m’éparpille dans mes intérêts, mes lectures, que je papillonne à droite à gauche. S’ils s’étonnent de la largesse de mes intérêts, ils me reprochent en creux la non spécialisation, voire la non profondeur de mes engagements. Ainsi, je lis actuellement le dernier ouvrage d’Oliver Sacks, Musicophilia (nous en reparlerons ; ou pas), après avoir découvert Sri Aurobindo (Le cycle humain) et avoir aimé (cf. ci-dessous) L’encyclopédie du tout et du rien de Charles Dantzig.

Mais, à la vérité, tout cela rentre en cohérence avec ce que je suis et/ou des objectifs précis. Je me disperse moins que ce qui est apparent – et si mes affinités sont éclectiques, si entre l’infiniment grand (« vers l’infini et au-delà », parce que si l’univers est en expansion, sur quoi s’étend-il ?) et l’infiniment petit, tout ce qu’il y a entre ,  m’intéressent , c’est parce que je crois profondément que ‘tout est en tout et réciproquement’ (Pierre Dac), que si je veux trouver une place, une justification, ma variation propre, je (me) dois de tout lire, de tout savoir, de tout comprendre, de tout intégrer dans ce que je  peux être - dans ce que je dois être : les choses, mais aussi le rapport des choses entre-elles, et l’Homme, et la science et les arts, et tout ce que j’oublie – dans tout ce que je ne comprendrais jamais : pour me (re)placer en conscience non pas au centre, ni à la périphérie, mais là où je suis.

Je m’en veux souvent de ma propre paresse intellectuelle – de mes propres découragements, de ma lâcheté. Je n’ai pas la légitimité des diplômes, de l’enseignement ou de l’expérience : il n’y a pas de corrélation entre ma profession (ce qui me fait vivre) et ma recherche intime ; je n’ai pas eu de mentor (je ne sais si je l’ai toujours refusé ou si je ne l’ai pas rencontré) et mon expérience est par nature limitée – je n’ai d’autre choix que d’être, de penser, de ressentir, d’apprendre, de mettre en résonance : je ne sais si les régimes de connaissances sont uniquement empiriques, rationnels et intuitifs – mais  il y en a d’autres : çà, c’est une intuition… Comprendre les rapports, saisir une idée neuve (pour moi) : ordonnancer le chaos, et détruire l’ordre de ma propre pensée captive… Aller de l’intime vers l’extérieur, et de l’extérieur vers l’intime.

3 axes, trois modes de fonctionnement…

- Le plaisir, la respiration : comme la lecture de polar, de romans, d’essais, etc. : exemple, L’encyclopédie du tout et du rien de Charles Dantzig ou L’hiver de Frankie Machine de Don Winslow. Ils ont une fonction, non pas la détente, mais de respiration intellectuelle, personnelle : de l’air, et une connexion supplémentaire, nécessaire avec la réalité. Une ouverture – c’est mon ouverture.

- La recherche précise dans le cadre d’un objectif (post, nouvelle, autres textes…) : Musicophilia d’Oliver Sacks… Parfois, souvent, je me décourage : je dois écrire un chapitre qui parle de la musique – n’étant ni musicien, ni mélomane, je dois me documenter fortement. Pour mener à bien mon entreprise qui ne comprendra que quelques lignes, une page tout au plus, j’ai repéré une encyclopédie en 5 volumes éditée par Actes Sud, un ouvrage sur la musique indienne, et les autobiographies de 2 musiciens… Sans compter les livres déjà lus que je dois reprendre… Alors, que peut-être je pourrais affiner mes idées, les polir, les mettre en cohérence avec la vie… Et, ça, ce n’est pas certain.

- La réponse à d’anciennes questions : souvent, parfois, telle idée, tel événement historique, telle remarque à peine entr’aperçue, deviennent des questions qui restent là, dans mon cerveau. Et des mois, des années plus tard, je rencontre un livre, un article, un documentaire, qui tend à répondre à cette interrogation, qui guérit, là, tout au long de leur non résolution un vrai manque. Qui était Élisabeth 1er d’Angleterre (lire la biographie d’Élisabeth 1er d’Angleterre de Michel Duchein) ? Comment Staline a-t-il pu exister (Staline – le cour du tsar rouge de Simon Sebag Montefirore) ? Si la Chine est « l’autre pôle de l’expérience humaine », que révèle sa connaissance sur l’Homme de cet Autre fondamental (Simon Leys ; lire l’Histoire de la pensée chinoise d’Anne Cheng) ? Etc.

Mais tout se mêle : le plaisir nourri la recherche et les questions anciennes sont autant de respiration…

Et puis, il y a des cohérences plus fines, inconscientes. Je lisais l’article Musique indienne sur Wikipédia (Wiki est une introduction formidable, et il faut la garder comme telle, enfin à mon avis) – les phrases suivantes : « La musique classique de l’Inde repose en grande partie sur l’improvisation, en ce sens qu’elle n’est pas jouée à partir d’une partition. Cela ne signifie pas qu’on y joue n’importe quoi, car il y a des règles très strictes sur la manière d’improviser, et bien des musiciens apprennent par cœur des passages entiers de telles ou telles mélodies ou structures mathématiques, afin de pouvoir s’en servir à dessein. Ainsi chaque râga a une phrase musicale connue qui indique la manière dont il faut l’interpréter, en donnant l’ordre précis des notes. Les musiciens composent alors de courts refrains à partir d’elle, et en déclinent toutes les variations possibles, grâce entre autre aux cycles rythmiques. » Comment mieux décrire l’improvisation dans le jazz ? Comment ne pas comprendre qu’à des milliers de kilomètres et à des millénaires de distance l’un de l’autre, deux humanités sont allées dans le même sens ? Comment ne pas comprendre que les jazzmen comme John Coltrane ou Pharoah Sanders soient allés naturellement vers la musique indienne. Si nous comprenons le retour à l’Afrique (noir, esclavage, racines) d’une partie des musiciens de jazz, nous pensons que c’est la recherche spirituelle qui les poussa plus à l’est – mais c’est plus profond, plus ample, plus simple aussi : c’est aussi, surtout une conception identique de la musique et de la spiritualité – les deux étant une seule et même chose. J’ai un amour profond pour l’album de John Coltrane, A love supreme ; il y a peu, seule la musique de Ravi Shankar sembla m’apaiser. Et,  par le hasard d’une lecture si banale, peut-être est-ce cela, ce que nous recherchons tous, une cohérence.

Citation (29)

“Nous devons nous débarrasser une fois pour toutes de ce galimatias mi-quaker mi-papiste sur le caractère sacré de la vie humaine”.

Léon Trotsky – cité par Martin Amis, in Koba, la terreur

fraIncipit : « C’est un sacré boulot d’être moi. C’est ce que se dit Frank Machianno quand son réveil sonne à 3 h 45 du matin. »

Effectivement, « un sacré turbin » : soixante-deux ans, levé à 3 h 45, Franck veille à sa « qualité de vie » jusqu’au menus détails (« Ce matin comme tous les matins, Frank sort d’un pot scellé sous vide les grains de café Kona et les verse à la cuiller dans le petit torréfacteur qu’il a acheté sur un de ces catalogues pour chefs cuisiniers qu’il reçoit toujours par mail. ») ; cumul quatre jobs répartis tout au long de la journée (vendeur d’appâts au petit matin, puis blanchisseurs et vendeurs de poissons en gros, et agent immobilier l’après-midi ; bichonne une ex-femme, une petite amie et sa fille, qui entame des études de médecine, qu’il faudra bien financer… Frank, c’est quelqu’un, une présence juste et rassurante sur Ocean Beach Pier, une carrure. Aujourd’hui sans histoires, hier tueur de la mafia de San Diego – une légende qui ne manque jamais sa cible, « Frankie Machine. » Mais quand le fils taré du simili boss lui demande un service, il ne peut que s’exécuter pour 50.000 $.  Alors quand ça tourne mal, il ne peut que se demander qui a voulut le tuer – et pourquoi. Cavale, retour sur son passé, ses rencontres, son histoire.

Moins ambitieux, plus simple, moins ample que son précédent roman (La griffe du  chien - édition Fayard), L’hiver de Frankie Machine est un polar net, brut, sans bavures : comme son héros, sans fioritures, mais avec cet amour de la précision et de la qualité qui en font un très bon moment. Parfois dense, souvent délié, Don Winslow possède cette technique d’écriture irréprochable : personnages attachants, rapide dans l’action, il ose prendre son temps pour marquer l’ambiance. Mais c’est comme si ce roman était un moment de détente pour l’auteur, et qu’il voulait nous le faire partager. Entre deux ambitions, comme ça pour le fun. Alors, c’est ainsi qu’il faut le lire, pour le fun. Un bon moment.

Lire aussi la critique de Jean-Marc Laherrère.

koba« Un mort c’est une tragédie, un million c’est une statistique. » Dans un premier mouvement, et bien qu’effroyable, nous nous résignons : Staline a raison. Mais rien n’est plus faux ; c’est erreur que d’acquiescer, que de se résigner, même inconsciemment et de gloser sur les ‘comment’ et les ‘pourquoi’ de notre saturation émotionnelle physiologique. Matin Amis termine son ouvrage par ces mots : « Bien entendu, la seconde partie de cet aphorisme est totalement fausse : un million de mort représentent à tout le moins un million de tragédie. » Et c’est bien la force de Koba, la terreur – nous faire toucher, sensibiliser notre cerveau, notre conscience à ces individualités. « Vingt millions » : c’est ainsi que les russes surnomment le règne de Staline. Non pas vingt millions, mais

« 1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1… »

Et nous sommes en dette envers eux. Non pas coupables, mais endettés : nous devons à ces victimes de nous souvenir, de comprendre, de les reconnaître comme unique, là où l’horreur a dilué leur visage et leur humanité, là leurs os mêmes se sont soudés les uns aux autres dans des charniers en forme de colline. Nous devons regarder dans les yeux, digne, ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces lâches et ces courageux, ces héros et ces gens simples de la Kolyma et de la Loubianka. Nous devons lire Alexandre Soljenitsyne et Varlam Chalamov. Et les historiens, et les essayistes. C’est une nécessité. Nous le devons. Pour eux, pour nous et pour nos enfants.

Le talent de Martin Amis est son empathie et sa dignité ; de s’inclure lui-même dans son essai, d’avoir trouvé dans le parcours de son père (un temps communiste) ou dans le décès de sa sœur tant aimé, la source à son écriture. Koba, la terreur n’est pas une synthèse (un milliers d’ouvrages lus) ni un agrégat de faits épars classés et triés. Ce n’est pas non plus un livre d’Histoire ni une réflexion sur le mal. Et sans doute faut-il avoir lu ces ouvrages avant de lire celui-ci.

Koba la terreur est un pont, un révélateur, un livre intime nécessaire dans sa jonction.

Cher François Busnel,

Cher François Busnel,

Je n’ai d’autres qualités que celui de spectateur assidu de votre émission La grande librairie (le jeudi soir, 20 h 35 France 5 – rediffusion le dimanche à 9 h 55 : j’ai cette chance de ne la regarder que sur le net, au bureau, le vendredi matin, le casque sur les oreilles… Parce que, bon, le jeudi soir, il y a Dexter sur Canal, et le dimanche matin, je ne suis pas disponible.)

Mais peu importe.

Comme le faisait remarquer Antoine Chainas sur son blog, le polar en France subit une “petite révolution qui n’a rien de copernicienne.” Et si “on pourra arguer que le monde continue de tourner et 90% des gens s’en foutent complètement. Mais ce n’est pas l’important : le roman noir est en train de se prendre un coup de pompe dans le train et, si le rythme est gardé, il va bien finir par le sentir passer, à force.”

Jugez plutôt.

En janvier est paru Renegade Boxing Club de Thierry Marignac (que j’ai commencé tout juste aujourd’hui – je le finirai sans doute demain…)

rengadeParaîtra début mars, Le serpent aux milles coupures de DOA ; en avril, Anaisthêsia d’Antoine Chainas… Sans parler des polars étrangers comme Rasta gang de Phlip Baker (alléchant : le prochain sur ma liste), L’hiver de Frankie Machine de Don Winslow (cf. ci-dessous) ou de La Religion de Tim Willock. (Qui a lu Bad City Blues ou Les rois écarlates, ne peut qu’attendre le nouveau Tim Willock avec impatience – ouvrage que le New-York Times a qualifié de “triomphe littéraire“  – en tout cas, d’après son éditeur, Sonatine). Et pourquoi, avec ces auteurs français, ne pas inviter des éditeurs tels que Sonatine ?

S’il est  appréciable d’écouter Philippe Djian ou Duong Thu Huong, vous gagneriez à élargir votre panel. Je reprends les termes de Thierry Marignac sur le post d’Antoine Chainas précédemment cité : “DOA et toi, et Williams [...]  parlez du réel, et pas de votre nombril. C’est de ça qu’il s’agit. Rien d’autre.” Effectivement, c’est de cela dont il s’agit : parler du réel. De notre monde et de rien d’autre. Chloé Delaume niait, dans une de vos émissions, à la littérature la qualité de distraction : ici, nous y sommes. Le genre (polar) est un outil entre les mains d’auteurs à la vision perçante. Sincèrement, Philippe Labro ou Gilbert Sinoué ont-ils une vue plus acérée de notre monde que DOA, Caryl Ferey ou qu’Antoine Chainas ? (Quoique je n’ai rien ni contre Philippe Labro, ni contre Gilbert Sinoué ni même contre Marc Levy, d’ailleurs ; chacun vit sa vie.)

Canal Plus Cinéma diffusait ces jours-ci un documentaire sur le renouveau du polar au cinéma – ou plus exactement, des films de truands : Gangsters, le retour des truands au cinéma. Mais force est de constater qu’il faut, soit une trentaine d’années au cinéma pour s’emparer d’histoires un tant soit peu intéressantes (Mesrine, Spaggiari ou le Gang des postiches…), soit produire des films à la chaine de Luc Besson, type Go fast… (Voir et revoir la parodie de Mozinor Europa Corp,  la recette Besson). Nous sommes bien loin de ce “réel”, et de cette “vision” aujourd’hui prégnante, pas seulement dans le polar, mais aussi dans une partie de littérature française.

Cher François Busnel, vous gagneriez à faire connaître ces auteurs, ces éditeurs, ce mouvement du réel. Vous avez la  chance et le talent ;  j’aimerai les entendre. Ce serait passionnant.

Bien à vous,

renegade3Dessaignes œuvre en Russie, pour la Croix-Rouge, dans le cadre d’un centre de désintox. C’est un idéaliste ; il a quarante ans ; c’est un paradoxe.

Sombre histoire de médicaments en bakchich, intervention du FSB, expulsion, licenciement, petits boulots de traduction en France… Dessaignes rencontre un russe, directeur d’une ONG écologiste, qui lui propose un nouveau départ : devenir traducteur agréé auprès des tribunaux du New-Jersey. Sa position assurée (après formation et concours), il devra servir d’expert certifié dans le cadre de la défense d’un « ami » de l’ONG en question (trafic de pétrole…) Entre temps, il rencontrera Denise, ex-junkie logeuse de son état, et Big Steeve et son Renegade Boxing Club… Nous apprendrons les subtilités de l’argot du goulag et des manipulations douanières ; de la gestion des clubs de boxe, et de la banlieue noire de Newark (NTY) ; et du métier de traducteur.

Certes, nous pourrions détailler l’intrigue, l’histoire : aucun intérêt cependant. Renegade Boxing Club de Thierry Marignac est plus qu’un pitch. Livre difficile à maîtriser, à cerner, étrange dans sa lecture, dans cette sensation, dans cette impression diffuse de désespoir que nous ressentons… Il ne s’y passe pas grand-chose, comme dans la vie d’ailleurs. Les événements et les rencontres se succèdent dans une logique nette, sans bavure. A l’os. L’histoire – le roman – n’est qu’un prétexte. Son écriture dépasse l’ambiance. Peut-être que Thierry Marignac « se réveille en colère et se couche furieux » (cf. cet article) Mais peut-être est-il tout simplement lucide. Non pas seulement – implacable. Il décrit un monde où le métier de traducteur est un métier dangereux – après le Chant de la mission de John Le Carré, idéalisme et don des langues seraient-ils antinomiques ? Un monde où rien ni personne ne peut concevoir d’être pur sans s’abandonner soit à la compromission, soit à la perte. C’est l’une ou l’autre.  Pas d’alternative. Un monde où la seule et unique vérité est dans ses propres poings, sur le ring. Avec constance et méthode.

Un monde où se qui est extérieur à un carré de cordes est dévoyé.

Poursuivre :

Bref, suis dispo

Article lu ce jour sur le site du Figaro cet article – extrait :

“On connaissait le speed dating, ces rendez-vous express où il faut séduire l’âme sœur. La Scelf (Société civile des éditeurs de langue française) a eu l’idée géniale d’adapter ce principe à l’édition en proposant, lors du Salon du livre de Paris, une journée dédiée au marché des droits audiovisuels. « Ce marché se déroulera sous ­forme de rendez-vous individuels entre producteurs de cinéma et de télévision, réalisateurs et scéna­ristes, et les responsables des maisons d’édition accompagnés parfois de leurs auteurs », explique la romancière Pascale Kramer, chargée de mission.”

Dans la continuité, lire également la dépêche sur le site  de la SCELF.

Cette information vient dans le droit fil de mon post précédent (“Cher François Busnel”) et de ma propre analyse – avec cependant une réflexion et une question :

La réflexion est en fait une citation de DH Kahnweiler : “Ce sont les grands artistes qui font les grands marchands.” Pour mémoire, David-Henri Kanhvweiler est un marchand d’art du début du XXe siècle qui “fut le premier, avec Wilhelm Uhde, à percevoir la rupture et la force des Demoiselles d’Avignon, toile fondatrice du cubisme en 1907.” (dixit Wikipédia – mais je vous recomande vivement sa biographie par Pierre Assouline, L’homme de l’art) Sa perpicacité fit sa fortune – le même raisonnement vaut pour l’édition, la presse, la production…

Une question : encore faut-il que les producteurs sachent lire ?

Je reprend et affine ma réponse à The Big Bad Wolf. Je suis convaincu que nous assistons l’émergence de talents et d’un mouvement de fond formidable au sein de la littérature française, et dont le polar est le révélateur. A l’image de ce qu’on a appelé “la nouvelle scéne française de la chason” : les Bénabar, Vincent Delerm et les autres Benjamin Biolay… Avec le succés que le l’on sait, tant public que critique. Le renouveau de la Série Noire tient de la même logique.

A titre personnel, si j’ai un talent, c’est que je suis un lecteur – avant toute chose, je suis un lecteur. Si je peux apporter une chose et une seule, c’est cette approche là, cette interconnexion, la mise en exergue des talents des autres. Nécessaire, indispensable, c’est l’alchimie des rencontres ; c’est avoir l’esprit sentinelle (tout voir, tout lire, tout entendre…) ; c’est l’animation d’un réseau de rabatteurs d’idées (journalistes, éditeurs, lecteurs…) : c’est l’interaction de ces éléments qui fait jaillir l’étincelle de l’inconscient – l’idée, le concept, le projet,  l’aboutissement.

Bref, vous visitez ce blog régulièrement ou par hasard, vous connaissez un producteur, un diffuseur, un ami, une connaissance, suis dispo.

Citation (30)

“Quand l’existence est réduite à des tâches abrutissantes, sans aucune conscience supérieure, culture ou religieuse, n’est là pour canaliser les instincts, on ne trouve le moyen de se défendre qu’en agressant.”

Zhu Xiao-Mei, in La Rivière et son secret, éditions Robert Laffont

Je découvre cette série – je sais j’ai du retard à l’allumage : mais c’est absolument formidable. Suis fan.

“It’s america, man.”

guide1

Suite à un post d’Antoine Chainas, la parution prochaine de ce livre restait quelque part dans ma tête – et comme en Février 2009 : ils arrivent, je ne résiste pas à vous reproduire la quatrième de couverture. Sait-on jamais, çà peut toujours servir. (pssst, encore un bouquin à acheter : nous en reparlerons. Ou pas.)

10 règles essentielles pour survivre à une attaque zombie.

1. Organisez-vous avant leur arrivée.

2. Ils ignorent la peur. Faites de même.

3. Coupez-leur la tête. Utilisez la vôtre.

4. Les machettes n’ont pas besoin de munitions.

5. Cheveux courts, vêtements serrés = protection optimale.

6. Grimpez à l’étage. Démolissez l’escalier.

7. Abandonnez votre voiture. Prenez un vélo.

8. Remuez-vous. Soyez discret. Taisez-vous. Tenez-vous sur vos gardes.

9. Aucun endroit n’est totalement sûr. Juste moins dangereux.

10. Même si les zombies sont partis, la menace subsiste. Ne prenez pas à la légère votre bien le plus précieux : votre vie.

Remarquez, ces règles sont (toutes ou parties) adaptables aussi à la vie en entreprise. Limite à la vie de famille. En tout cas, ça peut servir dans le large spectre des relations humaines, n’est-il pas ?

Citation (31)

« – Pourquoi les hommes se révoltent-ils ?
- Pour trouver la beauté, répond l’indien. Soit dans la vie, soit dans la mort. »

Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux de l’Inde -

sepetDepuis Citoyens Clandestins, DOA est un auteur qu’il faut suivre : chaque livre est attendu, anticipé, espéré : au point (malgré une timidité maladive) d’aller le faire chercher dans les bacs (le cinquième, bien sûr, le dernier, tout en dessous…) le jour même de sa sortie – c’est dire…

Au fin fond du Tarn-et-Garonne, à Moissac, (ville médiévale, ses vignes, son abbaye, son hospitalité…), se rencontrent, se percutent comme des particules instables : des trafiquants de drogues colombiens et napolitains, des avocats, des gendarmes, des paysans racistes et objets du racisme, un motard, un tueur paramilitaire, un clochard, un chien… La raison d’Etat. Le roman est dense, efficace à en oublier l’heure, à regretter d’être arrivé à sa station de RER pour aller bosser – à penser que le boulot est vraiment une perte de temps… Sec, violent, court (à peine plus de 200 pages) : raconter ne serait-ce que le début ce serait défleurir votre plaisir, la surprise… Le serpent aux milles coupures a la « caresse d’une machette. »

Wikipédia définit la « mondialisation » comme « l’expansion et l’harmonisation des liens d’interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques à l’échelle du monde. Ce phénomène touche les hommes et les femmes dans la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. » Le serpent aux milles coupures joue directement de cette ‘interdépendance’ qui bouscule notre propre ‘temporalité’. Quelques années auparavant, il aurait fallut des trésors d’inventivité, de multiples circonvolutions, à l’auteur pour que cette histoire soit vraisemblable. Aujourd’hui – et même si l’action se déroule en 2002 -, c’est juste cohérent avec notre monde – normal. Peut-être, de prime abord, peut-on trouver que le « point de départ rocambolesque handicape d’entrée de jeu le roman par son côté trop gros pour être honnête » – mais le penser, c’est manquer de lucidité. Nous y sommes. Tout simplement. C’est notre monde.

Le serpent aux milles coupures poursuit Citoyens Clandestins - et même étonnamment, va plus loin, non dans l’histoire à proprement parlé, mais en ce qu’il nous inclus comme victime potentielle et collatérale de ce ‘pur capitalisme.’ Les deux romans sont complémentaires, ils sont les deux faces de notre monde. La guérilla colombienne n’est pas si éloignée de la France dite profonde – et les techniques d’exécution de la Chine ancienne peuvent nous rattraper, tous, un jour, comme par mégarde, parce que nous étions au mauvais endroit au mauvais moment. « C’est tout ». Étrangement, le roman tout entier semble tenir dans cette dernière réplique : « c’est tout. » Le presque rien qui définit notre vie se conjugue avec des forces qui nous dépassent plus intensément, plus intimement que jamais. Si le battement d’aile du papillon illustre la théorie du chaos – intellectuellement stimulant, l’impact dans notre vie reste à déterminer – ici, c’est la mise ne branle de l’interdépendance de nos vies à tous qui effraie.

Le serpent aux milles coupures inverse notre rapport au monde, pour survivre. A lire, et à méditer.

PS : la fin réserve effectivement “une petite surprise [...] dont on dira rien ici” – en fait, moins une surprise qu’un espoir de lecteur qui se réalise, et qui donne au livre, une petit touche, un zest, un plaisir inouie…

Citation (32)

“Se sentir toujours trop petit pour ce qu’on désire et trop grand pour ce que l’on atteint, se sentir entre ces deux alternatives sans trouver d’issue, sans connaître le moyen de terminer cet état de lutte ; voir toujours la tache inachevée, sentir l’âme inassouvie, brûlant d’un feu qui le dévore, et constater l’impuissance humaine à calmer cet embrasement intérieur, ce volcan qui bouillonne.”

Marie Jaëll, pianiste et compositrice française

Salon du livre… 2009

Après d’âpres négociations avec la meilleur partie de moi-même pour une avance budgétaire raisonnable, demain matin, objectif Salon du Livre de Paris, Porte de Versailles… Alors, arrivée 9 h 30, dès l’ouverture, revue méthodique, détaillée de chaque stand  – ma liste en poche de bouquins pas ou peu disponibles (on ne sait jamais, sur un malentendu, je peux même trouver la recherche du bonheur…) – et à partir de midi, retour à la maison : la foule m’ennuie.

Je reste néanmoins dubitatif sur mon intérêt pour la manifestation : les livres ne bénéficient pas de la remise de 5% ;  je ne sais pas engager la discussion facilement :  les rencontres seront donc rachitiques tout au plus  ; les conférences… peut-être : mais par nature, je m’en fous ; la rencontre avec des auteurs : oui, certes, mais parler 5 minutes ensemble est déjà un exploit, alors… Alors, pourquoi y aller ? Pour les livres, bien sur ! Pour la profusion, pour la multiplicité des potentialités de rencontres avec des livres dont je ne connais pas l’existence et qui m’attendent, moi et pas le copain…

amas-globulaire

Le reste n’est que billevesée.

… de retour… Comme je me l’imaginais, ce fut assez tranquille, et même agréable, de 9 h 45 (heure approximative de mon arrivée) à 11 h : après, ce fut une veille de Noël à la Fnac des Ternes : insupportable ; ou le premier jour des soldes boulevard Haussmann. A noter les cris suraiguës de groupies saluant l’arrivée sur le stand de France Télévision des acteurs de Plus belle la vie – et non d’Alain Juppé, sur celui de L’Express  /RTL (quoique, ça aurait été plus rigolo). Et comme chaque année : des auteurs abandonnés qui côtoient les files d’attente pour Guillaume Musso ou Amélie Nothomb ; des auteurs qui perrorent en discutant avec des “je ne sais qui” potentiels ; des enfants qui se demandent se qu’il foutent là, ou alors à rester tranquille chez Casterman ou Dupuis, mais çà, faut pas chercher ; des mamies qui discutent pour savoir si Doris Lessing a eu son Prix Nobel pour ce livre çi ou pour ce livre là ; de jolies jeunes filles aux caisses des éditeurs, des moins jeunes et des moins jolies aussi ; des petits éditeurs (une demie tables de présentation) pas très loin du show-room Gallimard… Et des gothiques qui cherchent les éditeurs de Manga… L’année prochaine, j’irai le vendredi ou le mardi : j’abandonne le week-end.

Voici mes “rencontres” (en pensant que tout bien considéré, j’en ai reposé une tatouille – mais c’est ainsi, je ne peux ni tout acheter, ni tout lire : un jour, il faudrait quand même que je renonce aux limites humaines) ; voila donc ces ouvrages, mais je m’étais fixé principalement sur des livres qui pourraient m’aider dans mon travail ; même si au final, j’ai dû quand même rechercher du plus léger, enfin, du moins ‘lourd’. Je me suis concentré sur ceux que je ne connaissais pas encore, et dont la chances de les croiser est faible…

Contes du vampires – contes indiens du XIe siècle.

Au cabaret de l’amour, paroles de Kabir -  poète et mystique indien du XVIe siècle.

Poèmes d’un voleur d’Amour, attribués à Bhilhama – poèmes d’amour indien.

Je voulais regarder spécifiquement la collection Connaissance de l’Orient de Gallimard…

Les fondements de la culture indienne, Sri Aurobindo

Il est rare de trouver ce texte de Sri Aurobindo en librairie ; je n’ai pas hésité longtemps…

Mu, le maître et les magiciennes, Alexandro Jororowsky

Enquête au coeur de l’être, ouvrage collectif

La synchronicité, l’âme et la science, ouvrage collectif

Le Colosse de New York, Une ville en treize parties, Colson Whitehead

Musique action, défrichage sonore, entretien autour du festival par Henri Jules Julien

Histoire de la Méditerranée, John Julius Norwich

Adios Madrid et Ombre de l’ombre, Paco Ignacio Taibo II

La perfection du tir, Mathias Enard

Et d’autres que je regrette déjà de n’avoir pas oser acquérir, d’avoir été raisonnable… enfin presque.

“Zut !” …

… est le dernier article du Dictionnaire amoureux de la gastronomie de Christian Millau…  « Et puis, zut ! Tant pis pour ma réputation… Ensemble, nous nous sommes assis autour de tables qui comptent parmi les meilleures du monde [...] et vécu, je crois, quelques moments inoubliables. Mais, il faut que je vous le dise : j’aime aussi la mauvaise cuisine. Enfin… pas vraiment mauvaise. Mangeable et sans intérêt. Juste bonne à me remplir l’estomac car, si comme Churchill « je me contente du meilleur », je me contente parfaitement de ce qui ne l’est pas. A condition que cela me procure du plaisir. Et le plaisir, je ne le trouve pas uniquement dans des maisons où la nourriture est délicieuse, merveilleuse, extraordinaire, mais là où je me sens bien et ai envie de retourner. [...] J’ai connu des restaurants où la cuisine était juste au-dessous de la moyenne et où, pourtant, c’était pour moi, chaque fois, un  vrai bonheur d’y retourner. Pour trente-six raisons, souvent sans lien les unes autres : parce que le décor tarte me plaisait infiniment et me reposait des coups de génie de nos grands décorateurs ; [...] parce que la petite serveuse avait un sourire adorable ; [...] parce que le chien de la maison m’avait à la bonne ou parce que le chat sautait sur la banquette pour venir ronronner sur mes genoux… parce que… parce que… parce que, à la longue, la perfection m’ennuie et que j’aime les petits riens du tout qui donnent à la vie un coup de soleil. »

Remplacer les mots « table » et « cuisine » par « livre », « littérature » ou « art », et une fenêtre s’ouvre en vous et sur le monde. Comme la ‘grande cuisine’ n’est pas ‘une cuisine juste au-dessous de la moyenne’, Le voyage au bout de la nuit, n’est pas la Deuxième Chronique du règne de Nicolas Ier : tout ne ce vaut pas, tout n’est pas équivalant.  Et  Patrick Ranbaud, en l’espèce, ne prétend nullement être Céline, ni même Saint-Simon. Mais, le plaisir est si divers dans ses variations, dans son intensité, que notre propre sensibilité peut s’épanouir, en soi, aux autres vers d’autres lieux… J’aime cette idée des « petits riens du tout qui donnent à la vie un coup de soleil. »

Citation (33)

“A l’instant même où l’on comprend que la véritable connaissance ne résulte pas d’une acquisition mais d’un déblaiement, tout bascule aussitôt.”

Marie-Madeleine Davy, Traversée en solitaire

Citation (34)

“Nous n’avons aucune obligation de faire l’Histoire. Nous n’avons aucune obligation de faire l’Art. Nous n’avons aucune obligation d’affirmer quelque chose. Notre obligation est de faire de l’argent, et pour faire de l’argent, il peut s’avérer nécessaire de faire l’Histoire. Pour faire de l’argent, il peut être important de faire de l’art, ou d’affirmer quelques choses signifiantes. Pour faire de l’argent, il peut être important de gagner un oscar, car cela peut signifier 10 millions de dollars de plus au box-office. Notre seul objectif est de faire de l’argent, mais pour faire de l’argent, nous devons toujours faire des films divertissants.”

Extrait d’un mémo de Don Simpson intitulé Faire de l’argent est la seule raison de faire des films, cité par Charles Fleming, in Box-office (Sonatine)

48Voilà un livre qui vaut (beaucoup mieux…) que son titre, un livre où chaque page recèle des joyaux de l’Histoire, des contes et des anecdotes, de citations et d’analyses, illustrant le propos : le pouvoir, comment le gagner, comment le conserver. Vaste programme !

Exemple.

“LOI 15 : Détruisez totalement votre ennemi.
Tous les grands meneurs savaient qu’un ennemi craint doit être détruit complètement. (Quelquefois ils l’ont su de la mauvaise manière). Si une braise reste allumée, peu importe de quelle manière elle se consume, le feu reprendra finalement. La défaite est d’autant plus grande lors d’un arrêt à mi-course que lors d’une destruction totale: l’ennemi se relèvera et cherchera revanche. Détruisez le, pas seulement physiquement mais également spirituellement.”

Et Robert Greene de développer deux exemples, tous deux extraits de l’Histoire de Chine, un qui viole la loi, l’autre qui l’applique. L’auteur en fait leur interprétation ; il en donne la morale en somme : “Ceux qui cherchent à accomplir des choses ne doivent pas faire preuve de miséricorde.” (Kautilya, philosophe indien du IIIe siècle av. JC.) ; “Un prêtre demanda sur son lit de mort à l’homme politique et général espagnol Ramon Maria Narvaez (1800-1868) : Votre Excellence pardonne-t-elle à ses ennemis ?”, Narvaez répondit : “Je n’ai pas à pardonner à mes ennemis, je les ai tous fait tuer.”

Ensuite, développant encore son propos par “les clefs du pouvoir” (une analyse de Sun Zi), Robert Greene emprunte à l’Histoire biblique la première application de cette loi. Le tout en seulement 8 pages !

Vous pouvez trouver les 48 lois ici

Power, les 48 lois du pouvoir de Robert Greene est un livre formidable, dense, réjouissant… et frustrant : nous voudrions tout comprendre, tout retenir… A défaut de tout appliquer ; l’anhiliation physique de nos ennemis ne fait plus partie que nos moeurs (enfin, je crois… ) Mais l’Homme ne change pas ; les mêmes raisonnements, les mêmes réactions perdurent d’époques en époques…

Terminons notre propos par un proverbe soufi : “Ramassez une abeille par gentillesse et vous apprendrez les limites de la gentillesses.”

Citation (35)

“Le temps de Planck est le temps qu’il faudrait à un photon dans le vide pour parcourir une distance égale à la longueur de Planck. Comme celle-ci est la plus petite longueur mesurable et la vitesse de la lumière la plus grande vitesse possible, le temps de Planck est la plus petite mesure temporelle ayant une signification physique dans le cadre de nos théories présentes. [...] Elle est égale à (Gh/C5)1/2. Elle vaut à peu près 10-43 secondes. En deçà de cette échelle, nos représentations habituelles de l’espace et du temps perdent toute signification et les alternatives proposées à ce jour demeurent hautement spéculatives.”

Article Wikipédia, entrée Temps de Planck & Les tactiques de Chronos d’Etienne Klein (Champs Flammarion)

entrL’ange et le cachalot est un recueil de chroniques de Simon Leys édité en 1998 – formidables, denses, nécessaires… comme tous les livres de Simon Leys. Ce Titre étrange s’inspire d’une citation de Chesterton, mise en exergue de l’ouvrage, et qui définit le secret même d’une vie. «  Un homme qui s’attache aux harmonies, qui n’associe les étoiles qu’avec les anges, ou les agneaux avec les fleurs printanières, risque d’être bien frivole, car il n’adopte q’un seul mode à certain moment ; et puis ce moment une fois passé, il peut oublier le mode en question. Mais un homme qui tâche d’accorder des anges avec des cachalots doit, lui, avoir une vision assez sérieuse de l’univers. »

Et Cécile Guilbert a « une vision assez sérieuse de l’univers. »

Sans entraves et sans temps morts est le titre de ce recueil de textes  (plus essais que chroniques) parus initialement dans divers magazines et revues. Les sujets en sont si divers, si éclectiques (que je vous laisse les découvrir pour ne rien déflorer du plaisir), qu’on regrette presque que l’éditeur les aient classifiés par types, par genre. Peut-être est-ce ontologique au corpus français, comme si ordonnancer était nécessairement français : Guerre dans la société du spectacle, Grand siècle, Rock’n’roll, etc. Mais ce ‘faux gros livre’ est un jardin à la française, métaphysique, qui à l’œil paresseux et oisif apparaît rectiligne, emplit de perspectives et d’angles, mais qui au fil des allées se révèle complexe et troublant. Surprenant. Comme un porte-jartelles sous la jupe d’une femme et qu’on découvre  par inadvertance, il se mérite. Cécile Guilbert possède une optique lumineuse, éclatée, et qui se concentre en une Trinité : sensualité, profondeur, liberté… Elle promène son absolu, déambule dans l’écriture et dans le monde, à la recherche d’un opium millénaire et aujourd’hui oublié.

Sans entraves et sans temps morts : plus qu’une ‘pugnacité et une érudition impressionnante’ (4e de couv.), une respiration, une transmission.

C’est beau le talent.

A voir Cécile Guilbert dans La Grande Librairie (ne serait-ce que pour entendre sa voix)

A lire cet article du Monde.

(Un souvenir de lecteurs cependant. J’avais acheté ce livre, je l’avais même demandé à la Fnac des Ternes avant qu’il ne soit mis en évidence sur les tables (ce qui est présentement rectifié…) et pendant quelques jours, il resta dans mon sac à dos. Je l’ouvrais, lisais quelques pages, le refermais : je n’arrivais pas à y entrer. Je ne sais pourquoi ; ce n’était pas le moment sans doute. Et puis, un soir, tard, après une journée particulièrement difficile et profane, le soleil se couchant, sincèrement fatigué, je lu quelques pages. Ma journée ne fut pas vaine.)

Citation (36)

“Dans la sâdhana de Kabîr, l’amour est à la fois moyen et terme (…)”

Charlotte Vaudeville, in l’introduction Au cabaret de l’amour, paroles de Kabîr,

éditions Gallimard, Connaissance de l’Orient

512XhEClZjL._SS400_Attention chef-d’œuvre. Tout simplement. Uniquement.

Au-delà du mal de Shane Stevens est à la fois violent et sans complaisance, un livre qui mêlent et entremêlent la politique, la vie de la presse, la vie policière, les criminologues… Et la vie intime du personnage principal. Plus de 750 pages, longues, totales, où chaque personnage, presque chaque victime possède sa propre histoire, et qui, dans le chaos de la vie, s’entrechoquent, se disloquent, meurent.

Shane Stevens n’écrit pas, ne décrit pas – pas d’esbroufes, de style, d’effets ou d’affects : il raconte, tranquillement l’horreur et le quotidien.

Un instant fantastique de lecture.

Mais laissons parler Gérard Collard – qui même s’il se mélangent un peu sur le déroulement de l’intrigue, reflète complètement ce que j’ai ressentis : plus le livre avance, meilleur il est. Voir ici.

Quelle heure est-il ?

Les plus belles montres du monde (enfin, à mon avis…)

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41w7hROA5RL._SS500_Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Son dernier ouvrage, L’endroit du décor, rassemble des chroniques écrites pour Philosophie Magazine… Chacune s’ordonne comme les briques d’une maison : 25 mots, autant d’entrées dans le réel. Étonnement, Solitude, Silence, Narcissisme… « Le réel est un secret que nul n’ignore, caché par nos simulacres, au premier rang desquels le voile sournois de la transparence. […] L’envers du décor n’est qu’un décor de plus, et les apparences sont, à ce titre, moins trompeuses que le sentiment d’être trompé par elles. »

Peut-être comme le relève le Nouvel Observateur, « l’auteur a un vrai sens de la formule. [Il] en abuse parfois, cherchant davantage le bon mot que la pensée juste. » Mais dans les différentes critiques (Le Monde, L’Express…), est-ce la seule réserve relevée.

Et donc ? Ben, pas grand chose.

Raphaël Enthoven explicite les évidences. Il a écrit un abécédaire. Attention : ce n’est pas un enfilage de perles et de lapalissades : revenir aux bases est souvent nécessaire. Rien de plus, rien de moins cependant. Avec talent, certes, mais un ensemble de dissertations ne révèle rien, sinon d’une pensée originale, du moins d’un point de vue subjectif. Peu de « choses profondes » ; de jolies écumes qui apparaissent devant tant de talents, inconsistantes, décevantes. Souvent, s’arrête-t-il au moment même où il devrait commencer : d’où une certaine frustration. A lire donc, quand on a 18 ans, le bac philo à la fin de l’année, et/ou quand la vie n’a pas eu encore d’impacts forts sur notre esprit.

Etrangement, le plus beau texte est le dernier du recueil. Simplicité. « L’essence de la philosophie est l’esprit de simplicité… toujours nous trouvons que la complication est superficielle, la construction un accessoire, la synthèse une apparence : philosopher est un acte simple. Plus nous nous pénétrons de cette vérité, plus nous inclinerons à faire sortir la philosophie de l’école et à la rapprocher de la vie. » Et comme un symptôme, ces mots de Bergson clos le volume : les évidences ne sont en rien le réel, elles le révèlent parfois, souvent, elles en indiquent la teneur, elles en sont les indices. Et Raphaël Enthoven confond indices et vérité.

Raphaël Enthoven est beau, jeune, intelligent, charismatique et brillant. Il est aussi philosophe, et il écrit des livres. Comme s’il n’a pas encore ‘souffert jusqu’au sang’, et que sa souffrance n’avait pas encore dépassée son corps, atteint sa conscience. Mais aujourd’hui, tout le talent, toute la jeunesse, toute la beauté entrave presque son éclosion.

Ca ne sort pas

Je ne sais pas pourquoi – ou alors, je ne le sais que trop bien et je n’ose me l’exprimer. Trop de blocages intimes, une certaine imposture dans l’existence, trop de vanités qui nous entourent et nous enserrent. Mais peu importe les causes, les raisons, les prétextes, puisque je n’arrive pas à écrire : ça ne sort pas. Comme un cri dans la gorge, une émotion bloquée au plexus, je n’arrive à rien. De la lâcheté surtout à ne pas assumer ma propre médiocrité.

Mon carnet de notes est plein, segmenté ; la documentation est présente, dense, étonnante parfois, comme un trou sans fond : je ne cesse d’en collecter de nouvelles, une simple phrase, trouver un angle différent, voler des expressions, des éléments ; le plan s’affine peu à peu, naturellement ; les buts sont définis – même la forme est assumée (la forme des textes s’impose à soi,  je le crois profondément) ; sur les 7 parties du ‘roman’, quatre sont en passe en de se terminer : et je reste apeuré comme devant une montagne trop grande que c’en est décourageant, un travail trop énorme en temps et en énergie, pour juste quelques pages trop obscures, trop plates, même pas une « v.1 » sur laquelle travailler et s’illusionner. Et bâtir.

“Se sentir toujours trop petit pour ce qu’on désire et trop grand pour ce que l’on atteint, se sentir entre ces deux alternatives sans trouver d’issue, sans connaître le moyen de terminer cet état de lutte ; voir toujours la tache inachevée, sentir l’âme inassouvie, brûlant d’un feu qui le dévore, et constater l’impuissance humaine à calmer cet embrasement intérieur, ce volcan qui bouillonne.” écrivait Marie Jaëll…

Je suis aussi conscient qu’une fois terminé, le livre n’aura pas vocation à l’édition. Comment s’évertuer à chercher à imposer (ni même espérer) un roman sans histoire et sans personnage : morcelé sur un même thème. Comme dans cette chanson de Vincent Delerm sur le Festival d’Avignon – « pas de public finalement. »

Pourquoi écrire ? Là est bien la question.

Pourquoi écrire ? Pour la transcendance. Pour saisir comme on saisit le vent ce plus de vie qui nous manque tant. Et l’écriture, la fonction des mots, est une des voies de la connaissance. Transcendance (de l’auteur), transmission (par l’écriture) et transcendance (du lecteur). Voilà le pourquoi de l’écriture. Et de l’art ou de tout création : acquérir et transmettre un peu plus de vie à l’autre.

Mais, bref, ça sort pas. Et ça m’énerve.

Citations (37)

“Chaque science peut conduire à la source commune de toutes les sciences. Toutefois, il existe quatre voies du savoir qui sont considérées comme menant plus directement à l’intelligence de la réalité supérieure. L’enseignement de ces quatre sciences est symboliquement attribué à Shiva. Elles sont : le Yoga ou méthode de perception supra-sensorielle des réalités transcendantales ; le Vedanta ou théorie métaphysique, qui est la compréhension intellectuelle des réalités transcendantales ; la Sémantiques ou étude des moyens de transmission du savoir, qui étudie les rapports des mots ou des symboles verbaux avec les idées ou images mentales, et la musique qui est la perception directes des rapports symboliques des nombres avec les idées et les formes.”

Alain Daniélou, Mythes et Dieux de l’Inde

Citations (38)

« Dans ses envolées les plus hautes, surtout en musique et en architecture (qui ne font qu’un), l’homme donne l’illusion de rivaliser avec l’ordre, la majesté et la splendeur des cieux. »

Henry Miller, Le Colosse de Maroussi

« Dans mon exégèse architecturale, je ne parle que musique. Je ne connais pas les notes, mais archi[tecture] ou musique, c’est temps et espace la même chose, un art de sensation successives et mis en symphonie. »

Le Corbusier, dans une lettre à sa mère

Ces deux citations sont extraites du livre de Nicholas Fox Weber, C’était Le Corbusier


« Il existe bien un lien entre architecture et musique. Le plus important est sans doute la disposition naturelle de ces deux arts à envisager leurs espaces respectifs sur des paradigmes de formes et de proportions. »

Pascal Dusapin, Un musique en train de se faire – citation extraite des premiers mots de sa leçon inaugurale à la chaire de création artistique du Collège de France


« (…) le mot ‘métaphysique’ est tombé en désuétude ; et pourtant la musique nous le rappelle avec obstination. Elle nous parle des mystères situés dans le ‘domaine du réel ultime’. »

Valery Afanassiev, Le Silence des Sphères

« […] la musique ne dit rien et on ne dit jamais rien sur la musique. Dire sur elle est insensé. Alors, on n’en dit rien. Jamais. A défaut de pouvoir la dire, on en parle. »

La musique en train de se faire, Pascal Dusapin

Quelques livres, une bibliographie raisonnée et très sélective, de quelques livres sur un sujet (plus ou moins) circonscrit…

- Talking jazz, conversations au cœur du jazz (Miles Davis, Keith Jarrett, Herbie Hancock…), Ben Sidran (Night & Day Library)

- John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud)

- Dictionnaire du jazz (Robert Laffont, collection Bouquins)

- Free Jazz, Black power, Philippe Carles, Jean-Louis Comolli (Folio)

- Le peuple du blues, Le Roi Jones (Folio)

- Monk, Laurent de Wilde (Folio)

- Ravel, Jean Echenoz (Les éditions de minuit)

- L’odyssée du jazz, Noël Balen (Liana Levi)

- La rivière et son secret, des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach : le destion d’une femme d’exception, Zhu Xia-Mei (Robert Laffont)

- Les musiciens de jazz et leurs trois vœux, Pannonica de Koenigswarter (Buchet-Chastel)

- John Coltrane, sa vie, sa musique, Lewis Porter (Outre Mesure)

- Jazz me blues, interviews et portraits de musiciens de jazz et de blues, François Positif (Outre Mesure)

- Moins qu’un chien, Charles Mingus, (Parenthèses)

- Musique Action, défrichage sonore, entretiens autour du festival, Henri Jules Julien, (Musique Action, Le mot et le reste)

- Glenn Gould, piano solo, Michel Schneider (Folio)

- L’oreille musicienne, Claude-Henri Chouard (Folio)

- Janis Joplin, Jean-Yves Reuzeau (Folio)

- Awopbopaloobop Alopbamboom, Nik Cohn (Allia)

- The dark stuff, l’envers du rock, Nick Kent (Naïve)

- Waiting for the man, histoire des drogues & de la pop music, Harry Shapiro(Camion noir)

- Le Silence des Sphères, essais sur la musique, Valery Afanassiev (José Corti)

- Musiques, une encyclopédie pour le XXIe siècle, 5 tomes, sous la direction de Jean-Jacques Nattiez (Actes Sud, Cité de la musique)

- Musicophilia, la musique, le cerveau et nous, Oliver Sacks (Seuil)

- La musique en train de se faire, Pascal Dusapin (Seuil)

- Miles, l’autobiographie (Infolio)

- Jazz life, A journey for jazz across America in 1960, William Claxton, Joachim-Ernst Berendt (Taschen)

- Jazz covers, Joaquim Paulo (Taschen)

- Jazz image, les grands photographes de jazz, Lee Tanner (Seuil)

- Le siècle du jazz, catalogue de l’exposition, (Musée du quai Branly, Skira, Flammarion)

- La leçon de musique (Hachette) et La Haine de la musique, Pascal Quignard (Folio)

- Origine et Pouvoirs de la musique, Alain Daniélou (Editions Kailash)

Ça y est – je suis conquis. J’attendais la deuxième diffusion de la nouvelle émission littéraire de Frédéric Ferney pour m’exprimer. Et ça y est, suis conquis.

Après son éviction de France 5 il y a un an, Frédéric Ferney a donc réussi son pari de s’affranchir de la télévision pour se tourner vers un mode de diffusion alternatif, le web – l’émission existe, l’image est belle,  le son est parfois aléatoire (si si), mais le Bateau Libre est repartit. Et j’en suis heureux, parce que sincèrement, c’est vachement bien… (Reste à savoir si économiquement tout cela pourra perdurer. Je ne pense pas que les parties prenantes veuillent faire fortune, mais qu’elles ambitionnent légitiment vivre de leur travail. Il serait intéressant de connaître l’économie de l’émission, non pas pour savoir qui gagne combien, mais pour connaître le nombre de connexions et/ou d’adhésion à l’association nécessaire à la pérennité du projet…).

Deux réflexions. Le choix des invités et la qualité de l’interview.

Le choix des invités est à la fois éclectiques (de Max Gallo à Philippe Djian, en passant par Philippe Grimbert), et de très haut niveau (Pascal Dusapin notamment). J’ai regretté cependant pour la deuxième édition que les invités ne puissent échangés à la fin comme cela avait été le cas lors de la première… Mais tout cela n’est pas grave ; elle se cherche, et c’est bien normal. Gageons également que Frédéric Ferney saura nous faire découvrir d’autres auteurs plus confidentiels, mais tout aussi nécessaires. Je suis heureux également que l’émission s’ouvre aux livres de toute sorte, et pas seulement au roman.

A titre personnel, j’ai parmi mes nombreuses questions en suspens, la Révolution Française. J’ai entendu Max Gallo de multiples fois (télévision, radio…) pour la promotion de ses ouvrages sur la Révolution Française, et jamais je n’ai eu l’idée qu’ils puissent répondre à mes désirs. Mais là, dimanche matin, devant mon ordinateur, il en fut tout autrement. Expliquer ce retournement, je ne le saurais. Et d’ailleurs, peu importe puisque ils seront les livres de mes vacances prochaines…

Bref, les objectifs sont dors et déjà remplit – ce qui n’est pas une surprise. Certes reste à concrétiser le succès en terme de connexions (là je ne me fais pas trop de souci), et en terme de financement (suis plus pessimiste…) Mais les émissions existent, et c’est déjà merveilleux.

Citation (39)

“La faculté d’écrire n’a rien à voir avec l’écriture. En fait, être un écrivain, c’est voir les choses différemment. Les voir tout court. Ne pas juste se contenter de regarder par la fenêtre.”

Zoyâ Pirzâd, Le Monde daté du vendredi 19 juin 2009

Vendetta de R.J. Ellory

Maudite soit les quatrièmes de couverture… (Lire ce qui suit à haute voix avec l’intonation la plus grave…)

« 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l’enquête prend vite un tour imprévu : le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s’entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à New York dans une unité de lutte contre le crime organisé. À cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. À sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C’est le début d’une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l’incroyable récit d’une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l’Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu’à nos jours. »

Bon, voilà, les fondements, les lignes de force du roman sont résumées… (Même si dans le détail, le kidnappeur demande à rencontrer Ray Hartmann avant de s’être livré…) La lenteur du récit donne le sentiment tout au long de la lecture que le livre ne commence véritablement que par à-coup : à la page 80, tout est en place pour le début d’un récit haletant… Et puis non. A la page 150 : et puis non encore… C’est long, que c’est long !… Mais tout cela agit quand même avec un charme indéniable. Oui, « quel est le véritable enjeu de cette confrontation ? Pourquoi Perez a-t-il souhaité qu’Hartmann soit son interlocuteur ? » R.J. Ellory possède suffisamment de talent (et de métier) pour relancer l’intérêt… et trousser un bon polar, efficace : « Hartmann ira de surprise en surprise jusqu’à l’étonnant coup de théâtre final » – qu’on subodore une trentaine de page avant…

Mais maudite soit la quatrième de couverture :

« Avec ce roman d’une envergure impressionnante, R. J. Ellory retrace cinquante ans d’histoire clandestine des États-Unis à travers une intrigue qui ne laisse pas une seconde de répit au lecteur. Maître de la manipulation, il mêle avec une virtuosité étonnante les faits réels et la fiction, le cinémascope et le tableau intime, tissant ainsi une toile diabolique d’une rare intensité. »

L’auteur ne mêle en rien fiction et réalité : l’Histoire n’est qu’un fond sonore, une succession d’images sépias sur télévision situées dans un coin, là, en bas à gauche, du récit. L’accumulation de faits entrecoupés de « ; » est moins une « virtuosité étonnante » qu’un artefact de style qui entremêle en rien ‘réel et fiction’. Ce n’est ni Le seigneur de Bombay (Vikram Chandra) ni La griffe du chien (Don Winslow).

Vendetta de R.J. Ellory est un bon livre, avec de vraies bonnes pages et avec d’autres moins nécessaires. Une lecture de rentrée en somme. Ni plus ni moins.

Citation (40)

“Les cinquante prochaines années verront s’exacerber les tensions, les maladies, les pénuries ; nous n’avons plus le temps de développer de nouvelles filières, de nouveaux médicaments, de nouvelles règles du jeu (…). Un événement d’ampleur comparable à celle de la peste noire, c’est-à-dire une réduction de la population mondiale par un bon tiers paraît la conséquence inéluctable de notre gestion des ressources planétaires. (…)

Notre monde a été prévenu qu’il doit mourir, mais il ne le croit pas.”

Introduction au siècle des menaces, Jacques Blamont, cité par la Canard Enchainé du 21/07/2004

Citation (41)

“Ce n’est ni irréalisable, ni insoluble. Plusieurs fois, Kissinger m’a dit : « Tout le monde connaît la solution ». Mais la question est : comment enclencher la solution ?”

Hubert Védrine, à propos du conflit israëlo-palestinien, in New African, La fin du monopole occidental

Citation (42)

“Désormais la caméra est dans la tête, même si elle s’extériorise par des caméras de surveillance, par un flicage généralisé. Elle est aussi dans la tête des écrivains, des architectes, des animateurs culturels, des financiers. Ce qui est en train d’arriver, c’est l’ère de la subjectivité absolue à caméra intégrée. Ce qui veut dire une course à l’insensé qui dépasse de très loin la question de savoir si le monde est absurde, ou si l’humanisme a encore quelque chose à nous dire sur cette aventure. A moins d’avoir un point de vue très aigu de métaphysique, on ne peut rien dire qui soit à la mesure de cette démesure.”

Philippe Sollers, in Voir Ecrire, Christian de Portzamparc, Philippe Sollers

Citation (…/… 42)

“Un de ses traits [de Sohravardî] essentiels est de rendre indissociable philosophie et expérience mystique : une philosophie qui n’aboutit pas à une expérience mystique d’extase est une spéculation vaine ; une expérience mystique qui ne s’appuie pas sur une formation philosophique solide, est menacée de s’égarer et de dégénérer.”

Henry Corbin, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn’Arabi

Citation (42.)

Explications mystiques – Les explications mystiques sont considérées comme profondes ; en réalité, il s’en faut de beaucoup qu’elles soient même superficielles”

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 126

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