La société intégrale de Cédric Lagandré est un petit grand livre dense de 87 pages.
Agrégé de philosophie, l’auteur utilise ses connaissances comme autant d’outils d’explication du monde, de notre société et de l’Homme. Il déchiffre véritablement ‘l’endroit du décor’ – en développant une pensée originale.
En sept chapitres, Cédric Lagandré dévoile les processus d’une société proclamée comme homogène (et donc plus heureuse…) et qui n’est qu’uniforme – où l’individu n’est plus qu’une partie intégrée, sans personnalité ni pensées. Où l’Homme n’est plus, tout simplement.
« En renonçant à tout exposition réelle et à tout devenir, en renonçant à être sujet d’une parole, d’un désir, d’une pensée propre, et en recevant en retour les gages d’une identité toute faite et nullement en question, on parvient à un résultat qui ne cède en rien à la désindividualisation nazie. Le négoce morbide qui conduit l’individu à renoncer aux territoires d’individuation en échange d’une individualité intégrale et imaginaire (jamais exposé, jamais non plus en conflit, pas plus en devenir) ne coûte plus grand-chose (sauf un ennui perpétuel) à des hommes qui ne pas élevés, c’est-à-dire qu’on maintient dans la toute-puissance imaginaire de l’enfance et auxquels aucun dehors n’impose de se hisser au-dessus d’eux-mêmes. Aussi est-ce sans la violence autrefois nécessaire que les procédés d’infantilisation, utilisés à très grande échelle, font accepter l’échange de la subjectivité libre contre la panoplie de l’individu intégral, politiquement inoffensive. Les apparents progrès de la liberté individuelle ont été rendus possibles par l’abolition de l’individu, c’est-à-dire par la saturation des territoires d’individuation que sont le désir, le langage et le temps. »
Peut être pouvons-nous « reprocher quelques excès argumentaires » (cf. le coup de cœur d’Aude Lancelin, p. 112 du Nouvel Observateur de cette semaine). L’emploi du mot « totalitaire » (me) semble ainsi excessif – parler ‘d’une société totalisante’ serait plus adéquat, plus nuancé. (Sans doute suis-je infecté moi aussi, alors…)
Mais ne chipotons pas : Cédric Lagandré transmet et convainc. (Son analyse sur l’usage du tutoiement par défaut est à la fois simple et éclairante, comme l’est la décomposition du mot ‘intégration’ ou le fait ‘d’être connecté’ via les réseaux sociaux…)
A la fin de l’ouvrage, deux envies pointent : dire merci à l’auteur. Tout en lui demandant de continuer à développer sa pensée, en la croisant de sociologie, de science, etc. Pour lutter contre une société totalisante, une pensée totale est nécessaire.
Post-scriptum : la citation ci-dessus est à rapprocher de ce qu’écrivaitSri Aurobindo dans le Cycle humain : « Même l’attitude vitale de l’espèce (c’est-à-dire la façon dont s’expriment les activités de l’être vital dans l’homme : passions, sentiments, désirs, appétits, etc.) est en train de changer sous les tensions de la vie moderne. L’homme a cessé d’être un animal principalement physique et devient davantage un animal économique. […] L’âme humaine peut s’attarder quelque temps à un âge commercial avec son idéal vulgaire et barbare de succès, de satisfaction vitale, de productivité et de possession, afin d’en tirer certains gains et certaines expériences, mais elle ne peut pas s’y reposer d’une façon permanente. S’il persistait trop longtemps, la vie serait étouffée et périrait de sa propre pléthore, ou elle éclaterait sous la tension de sa grossière expansion. Semblable au Titan trop massif, elle s’écroulerait sous sa propre masse : mole ruet sua. »





Graveur et poète, William Blake a illustré la Bible, la Divine Comédie, Shakespeare ou Milton – mais aussi, et surtout, ses propres œuvres. Bien inconsciemment, William Blake fait partie de ces artistes qui forge 
Je suis en train de lire
Joaquim Paulo et Julius Wiedemann ont assemblé dans Jazz covers, publié aux éditions Taschen, pour notre plus grand plaisir, plus de 600 pochettes de disques de Jazz, des années 1960 aux années 1990… Certes, parfois nous pouvons regretter que tel ou tel album n’est pas été intégré (In the Silent Way de Miles Davis ou Headhunters de Herbie Hancock…), ou que pour celle-ci, la reproduction ne soit pas pleine page – mais peu importe, nous avons tous des affinités différentes…
“On peut apprécier la musique sans connaître la partition” : c’est par cette injonction que
mme le touché ou la vue ; c’est une sensation, une faculté (“il faut donc dissocier [...] l’expérience du temps et sa réalité”) qui nous permet la conscience intime, interne, en notre esprit, du déroulement des choses (qui lui existe, à moins de renier la réalité sensible, ce qui est un autre débat), et notre apprentissage : la sensation temporelle révèle ce que nous sommes et ce qui est autour de nous. Et Pierre Cassou-Noguès de citer Gödel :
Voilà un livre, en ces temps troublés par les crises de toutes sortes – nous pensions le monde chaotique, absurde et il nous apparaît chaque jour davantage : peut-être que la douleur de l’Homme est comme l’univers, sans cesse en expansion – bref, la Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier écrit par Patrick Rambaud est un livre salutaire, une nécessité. C’est une catharsis ; il libère nos refoulements, vous savez, ceux qui appuient là, au niveau de la cage thoracique, des poumons, cette oppression que lors ressent lors de grand stress ou de grande lucidité. Une thérapie par le rire en quelque sorte.
Incipit : « C’est un sacré boulot d’être moi. C’est ce que se dit Frank Machianno quand son réveil sonne à 3 h 45 du matin. »
« Un mort c’est une tragédie, un million c’est une statistique. » Dans un premier mouvement, et bien qu’effroyable, nous nous résignons : Staline a raison. Mais rien n’est plus faux ; c’est erreur que d’acquiescer, que de se résigner, même inconsciemment et de gloser sur les ‘comment’ et les ‘pourquoi’ de notre saturation émotionnelle physiologique. Matin Amis termine son ouvrage par ces mots : « Bien entendu, la seconde partie de cet aphorisme est totalement fausse : un million de mort représentent à tout le moins un million de tragédie. » Et c’est bien la force de Koba, la terreur – nous faire toucher, sensibiliser notre cerveau, notre conscience à ces individualités. « Vingt millions » : c’est ainsi que les russes surnomment le règne de Staline. Non pas vingt millions, mais

Dessaignes œuvre en Russie, pour la Croix-Rouge, dans le cadre d’un centre de désintox. C’est un idéaliste ; il a quarante ans ; c’est un paradoxe.
Depuis Citoyens Clandestins, DOA est un auteur qu’il faut suivre : chaque livre est attendu, anticipé, espéré : au point (malgré une timidité maladive) d’aller le faire chercher dans les bacs (le cinquième, bien sûr, le dernier, tout en dessous…) le jour même de sa sortie – c’est dire…
Voilà un livre qui vaut (beaucoup mieux…) que son titre, un livre où chaque page recèle des joyaux de l’Histoire, des contes et des anecdotes, de citations et d’analyses, illustrant le propos : le pouvoir, comment le gagner, comment le conserver. Vaste programme !
L’ange et le cachalot est un recueil de chroniques de Simon Leys édité en 1998 – formidables, denses, nécessaires… comme tous les livres de Simon Leys. Ce Titre étrange s’inspire d’une citation de Chesterton, mise en exergue de l’ouvrage, et qui définit le secret même d’une vie. « Un homme qui s’attache aux harmonies, qui n’associe les étoiles qu’avec les anges, ou les agneaux avec les fleurs printanières, risque d’être bien frivole, car il n’adopte q’un seul mode à certain moment ; et puis ce moment une fois passé, il peut oublier le mode en question. Mais un homme qui tâche d’accorder des anges avec des cachalots doit, lui, avoir une vision assez sérieuse de l’univers. »
Attention chef-d’œuvre. Tout simplement. Uniquement.
